Jeudi soir, Virginie et moi participions, en même temps que trois clients de Pentalog, à la soirée que Croissance+ organisait dans le cadre et sous l’égide du ministère des finances. La maîtresse des lieux, finalement absente, s’était faite représentée par Hervé Novelli, secrétaire d’état chargé du commerce, de l’artisanat et des PME.
Je suis finalement un « déçu » du plan de relance français, car, si l’idée de la relance par l’investissement est bien la seule à me séduire, le manque d’initiatives fondamentales me laisse sans voix. Il n’y a pas de doutes, cette crise est vertigineuse, et nous n’y répondons que par de l’avance de phase sur des chantiers, comme telle ou telle ligne de TGV, ou la rénovation du clocher de Jargeau. Le ministre ne pourra me convaincre non plus avec son statut d’auto-entrepreneur qui n’est qu’un énième avatar fiscal des génies français de la haute administration. Nous avons besoin d’autre chose. Nous avons besoin de comprendre que le changement qui est à l’œuvre sera radical.
Mais plus encore, ce qui m’a gêné jeudi, c’est la pénétration d’idées véreuses dans les esprits, qui gagnent jusqu’aux entrepreneurs eux-mêmes.
Pourfendre la finance moderne, je suis pour, éviscérer des traders, je suis partant, ébouillanter les banquiers ok… mais affirmer que demander une rentabilité de 15% est une hérésie, je dis stop. Et dans cette belle assemblée, l’autre soir, certes un poil trop bobo, j’ai entendu ça plusieurs fois, dans la bouche d’entrepreneurs qui pourtant, là plus que partout ailleurs, devraient avoir les crocs.
15%, c’est presque rien lorsque l’on pense que la grande majorité des entreprises sont autofinancées et que leurs profits est la base unique de leur investissement futur. Mais tout le monde est mis dans le même sac médiatique par des journalistes dont le niveau de préparation à la finance est proche de celui des trotskystes : les monstres du CAC 40, le couvreur de Jargeau J , Pentalog, des boîtes financés en LBO et tutti quanti. Comme si la réalité de leur structure financière était identique. La sentence est prononcée, 15%, c’est mal !
J’essaierai de revenir là-dessus, mai si ces boîtes en sont venues à ne plus pouvoir assurer ces fameux 15% de rémunération des capitaux propres, ce n’est pas parce que 15% c’est immoral ou parce que le Vatican, les oulémas ou je ne sais quelle autorité morale a dit que c’était trop. Non, ce n’est pas ce chiffre qui est démesuré. Personnellement, je le trouverai même plutôt faible. Ce qui a vicié le système, c’est la valeur des actifs financés par les capitaux propres, qu’ils s’agissent d’immobilier d’entreprise ou de la valeur des actions achetées au moment de la prise de contrôle d’une filiale. C’est la valeur des actifs qui a fait exploser le besoin en capitaux propres. Et pourquoi étaient-ils trop chers ? Parce que la dette, facile, était devenue le seul levier de l’économie moderne, précisément en lieu et place des profits. Bref, n’en déplaise à l’air du temps, les profits ne sont pas trop hauts. Ce qui était devenu fou, c’était la valeur des actifs à financer ! Diminuez la valeur des capitaux investis et vous verrez que ce niveau de profit est parfaitement à portée. Mon raisonnement n’a rien de virtuel est tout un chacun aura loisir de le vérifier dans les mois qui viennent, puisque l’effondrement des valeurs n’est pas encore terminé.
Je vois fleurir, d’un bout à l’autre de l’Europe, des placements, proposés par des banques réputées sérieuses, qui proposent des rentabilités sans risque allant de 5 à 25% (Pyraeus Bank en Roumanie). Si les entreprises renoncent à une rentabilité ambitieuse, d’au moins 15%, comment voulez-vous qu’elles attirent le moindre euro de capital ?
C’est grotesque. Une PME, selon la nature de sa structure et son niveau de développement, SURTOUT en période de raréfaction du financement, doit produire des profits élevés, compris entre 15 et 150% de ses capitaux propres. Si elle veut attirer des actionnaires, elle doit être en mesure de leur assurer par voie de dividendes des rémunérations supérieures à la performance des placements bancaires, donc au moins comprise, au jour d’aujourd’hui, entre 10 et 20% du capital souscrit, et plus encore dans le monde de demain !
Ce devrait être l’évidence, mais ça fout les boules de voir à quel point des gens pourtant éduqués sont dépourvus de réflexion et se laissent glisser sur la vague des discours préconstruits, politiquement corrects et dans l’air du temps !
Je me souviens d’avoir établi un comparatif entre offshorers, SSII shore-mix et Microsoft sur l’utilisation et la rentabilité des capitaux propres.






















Commentaires sur cette entrée :
Hello,
je viens de lire ton billet et j’avoue que ce chiffre n’a pas percuté mon cortex lors de la soirée de jeudi.
Je suis évidemment, comme toi, à penser que ce ratio n’est pas applicable dans tous les cas.
Les entreprises de croissance font bien mieux que cela : en revanche ce qu’elles font de leur rentabilité c’est surement plus du réinvestissement que du dividende.
J’ai émis plusieurs réserves ou critiques sur mon blog également.
A bientôt !
tout dépend du taux… A Pentalog, nous cherchons à faire des distributions régulières mais légères, qui cherchent à rémunérer les capitaux souscrits (et non les capitaux propres) entre 7 et 13% environ. L’année dernière par exemple cela a permis de rémunérer les efforts des actionnaires à 16% du souscrit, tout en affectant 75% du bénéfice total aux investissements.
je voulais le faire, voila, c’est fait… J’ai fait un petit article concernant pentalog sur mon blog…
A très vite, Fred !