Les acquis sociaux des européens, financés par les pays émergents, constituent-ils une prétention impérialiste démesurée ? qui d’autres que les nationalistes populistes pourront les défendre en dernière analyse ?
Avec Internet, le monde est UN. Progressivement, la convergence des cultures se fait. Non qu’elles disparaissent dans une fusion hollywoodienne, il apparaît clairement sur le web que les nouvelles attentes des peuples sont les mêmes, partout. Il y a longtemps que je l’ai repéré parmi nos développeurs roumains, moldaves et vietnamiens. Le village global, cette expression à la mode au début des années 2000, est maintenant une réalité. Comment ne pas s’en réjouir ?
A un niveau certes moins positif, l’éclatement de la bulle de la dette publique occidentale va contribuer à faire converger les situations économiques des pays anciennement riches et celles de ceux qui se développent. Cette dette, prélevée sur les excédents commerciaux des pays en développement, qui finance encore ce que les français appellent des acquis (s’achèterait-on une rente à crédit ?), est d’abord le résultat de la confiscation des richesses produites par les salariés chinois, brésiliens, russes et tant d’autres encore. Recyclé par les marchés financiers, cet argent de l’Est et du sud vient financer des retraites européennes, des RTT, au lieu de rémunérer les salariés mais aussi de financer leurs infrastructures éducatives et sanitaires, leurs logements, leurs droits à la consommation, rétablissant ainsi d’ailleurs la compétitivité économique occidentale.
Dans ce contexte, la préservation de nos acquis sociaux devient une prétention démesurée de puiser dans la richesse des autres, qui travaillent plus et souvent désormais mieux. Oui, la revendication sociale dans la France de 2011 est un nationalisme avéré par les faits, comme si les Français avaient droit à mieux, pour moins d’efforts que les autres, en raison d’une histoire, d’un sens (occidental, européen ?) de l’histoire. Le triple A, ce tirage continu et pour pas cher sur les richesses des autres, est un post-colonialisme, sans doute l’un des derniers avatars d’un impérialisme occidental en bout de course. La simple lecture des faits économiques prouve que le triple A, conçu et administré par et pour des institutions occidentales est un impérialisme politique. Comment la France, les Etats-Unis, le Royaume Uni, le Japon et même l’Allemagne pourraient-ils l’obtenir autrement, aux ratios d’endettement qui sont les leurs ?
Ne me dîtes pas que ce n’est pas vrai ; car si cette manne s’arrêtait demain, nos organismes sociaux seraient soit en cessation de paiement au bout de quelques jours, soit l’Euro, le Franc, le Deutsche Mark s’effondreraient en quelques jours, portant le litre d’essence à 10€, la baguette également, le sucre, les produits fabriqués hors d’Europe… Les pays prêteurs, enfin riches des efforts de leur travail feraient alors un appel décuplé aux mêmes matières premières que nous. Notez que cette réalité est déjà bien à l’œuvre. Elle est d’ailleurs essentielle dans ce qui vient de se passer en Tunisie où le peuple a commencé par se révolter parce qu’il avait faim et que l’inflation sur les matières premières devenait intolérable… bien plus que pour demander l’établissement de la démocratie (que je soutiens de tout mon cœur).
Alors pourquoi les progressistes de tous bords n’envisageraient-ils pas l’inventaire et l’audit de leur jeu de valeurs, acceptant de regarder en face les prodigieux effets positifs de la mondialisation ? Régulée, mais d’abord comprise, elle peut compenser les plus intolérables écarts et rien moins que solder la tyrannie de 2000 ans d’impérialisme occidental sur le monde.
Ne risquent-ils pas de se faire piéger dans un entonnoir de nationalisme à revendiquer, au nom des acquis, la préservation d’une équation financière mondiale totalement inique ? Qui d’autres que les rentiers du populisme, à la fin, pourra tenir ce discours ?
Il y a une solution, basée sur une vieille valeur occidentale et chrétienne : le travail. Si nous, français et européens, voulons des systèmes sociaux, il faudra nous les payer nous-mêmes, dans une ambition collective lucide, ayant remis le travail au centre du jeu, tordu le cou au principe de « l’acquis social » (tropisme français) et de la spéculation financière (tropisme anglais). Les deux sont d’immorales conséquences d’une recherche de situations de rente et d’oisiveté, soient-elles acquises par la ponction sur le travail des autres nations que sur les marchés actions.
Cet article m’a été inspiré par Jean Viard, Sociologue et Directeur de Recherche au CNRS – JDD du 16 janvier.

























Commentaires sur cette entrée :
@fred : au petit-déj, le matin, ça décoiffe…
Je ne serais pas allé pour ma part jusqu’à parler d’impérialisme, car j’ai probablement une vision globale moins large que la tienne aujourd’hui… Par contre, je suis convaincu que “notre” système est en bout de course : le principe du “juge et parti” s’applique complétement dans les systèmes de notation par des officines occidentales pour des pays occidentaux… Et cela sera de plus en plus intolérable.
Nous avons eu une discussion, sur l’un de tes articles précédents, sur l’horizontalisation des systèmes de décisions et des axes d’influence, liée notamment à l’utilisation toujours croissante du web : de cette mutation peut (va ?) découler un big bang économique, qui remettrait (remettra ?) à plat toutes les notions considérées actuellement comme acquises.
Alors oui, il faut remettre dès aujourd’hui le travail au coeur du jeu économique. En France, cela sera probablement relativement long, car cela signifie rompre avec une évolution ancrée depuis envrion un siècle, qui veut que l’amélioration de la productivité (réelle ou fantasmée ?) aille de paire avec une diminution du travail… Il y a du… travail pour changer tout cela !
PS : c’est marrant, mais le code pour la publication de mon commentaire est “obolo”… ça sonne un peu comme “au boulot”…. :p
Il n’y a pas, bien entenudu, derrière la volonté de défendre des acquis sociaux, de pensée impérialiste. C’est certain. Mais pourtant, inconsciemment, il y a dans l’esprit de tous, ce fameux sens de l’histoire, aussi judéo-chrétien que progressiste et socialiste. C’est ce sens de l’histoire qui nous a conduit à nous endetter pour maintenir, voire faire monter encore notre prétention à l’assistance et à l’oisiveté, qui en revanche n’ont rien de Judéo Chrétien (35H et RTT, 5ème semaine de congès…). D’autres que nous l’ont fait par la recherche de fortune rapide (les traders, les spéculateurs, y compris immobiliers), dans le monde anglo-saxon. Finalement, je ne vois pas beaucoup de différence dans les intentions. La conséquence est d’hériter d’une dette publique à la place d’une dette privée.
Le résultat était malheureusement induit. Travaillant moins et exigeant plus, il a fallu prendre l’argent ailleurs. Pourquoi pas celui généré par les fabuleux excédents de l’économie chinoise et l’étau monétaire de Pékin ? La dette européenne envers la Chine grimpe, confortée par la crise et la captation par un oligopole de nations (Allemagne, Chine, Brésil, Russie) de tous les excédents commerciaux du monde. Ces états là se bercent mois d’illusions que les autres.
Le triple A, dans ce contexte, est l’arme des pays qui s’endettent dans leur propre devise. Il les condamne comme pays producteurs mais les sauvent en tant qu’emprunteurs, en leur permettant de générer des appels considérables au marché monétaire dans leur propre devise, la maintenant artificiellement au plus haut.
Si le triple A pète, tout pète. C’est lui qui est la clef de voute de cette équation complexe. Créé et administré par et pour les besoins des occidentaux, c’est un instrument politique et non économique qui valide mon analyse. De leur côté, les salariés européens ne veulent pas comprendre la réalité. C’est un peu comme si 2 siècles d’éducation de masse n’avait servi à rien et que l’obsurantisme religieux, qui nous fait croire en des lendemains meilleurs s’était réfugié dans la dette souveraine.
Aujourd’hui internet bouscule tous les paradigmes. Ils ont tendance à s’écrouler beaucoup plus vite que dans le passé. C’est lui qui rend les gens plus lucides et leur permet de discerner la vérité derrière les veaux d’or politico-médiatiques.