Le projet xPC me fait toucher du doigt l’ampleur des problématiques liées à la démographie des ingénieurs en Europe d’une part (tout le monde en parle), mais plus encore dans les pays émergents. Je viens de faire 3 rendez-vous, cette semaine à Bucarest, avec différents acteurs majeurs (des entreprises utilisatrices et des sociétés IT). Ces 3 seules entreprises, combinées à celle que je dirige, ambitionnent de recruter 600 personnes d’ici à la fin de l’année, quand les universités ne forment « que » 5000 personnes par an (dont 50% n’entrent jamais dans l’IT roumain).
Autrement dit, les plans de recrutement de la plupart des opérateurs sont totalement condamnés à l’échec (en Inde, en Chine et en Europe de l’Est) , et le turn over va atteindre des niveaux sans précédents ! Ne faîtes pas trop les malins en Europe de l’Ouest, car vous formez beaucoup moins d’ingénieurs relativement à votre population et le papy boom est maintenant bien là et les pressions salariales vont redevenir plus fortes. J’essaierai de revenir aussi rapidement que possible sur les besoins à l’ouest. Que se passe-t-il donc dans les pays émergents ? Ils doivent en fait satisfaire 4 tendances particulièrement puissantes
- la demande de développement logiciel low cost qui, n’en déplaisent aux conservateurs de tous bois, est une tendance qui s’intensifie (particulièrement en Europe de l’Est – résolument plus tendance que l’Inde ou la Chine). La crise économique qui frappe maintenant les banques, l’assurance et l’industrie ne va faire que renforcer cette tendance.
- les besoins du marché intérieur. Ces pays progressent à marche forcée, de 6 à 10% par an. Ils sont frappés par une inflation salariale galopante qui les conduit à faire des gains de productivité très élevés pour rester compétitifs… donc à informatiser leurs entreprises, et leurs administrations vétustes.
- Mon troisième point est propre au pays de l’Europe émergente. Ils vont maintenant faire l’objet de fonds structurels très élevés afin d’accélérer le rattrapage avec les pays plus anciens.
- En plus de l’offshore lié à la réduction des coûts opérationnels, les pays émergents voient maintenant débarquer une demande de « capacité de travail », liée à la démographie des ingénieurs à l’Ouest. La demande allemande, en particulier, est tout simplement stupéfiante, loin devant celle des US, de la France ou du Canada.
En conclusion, il est maintenant temps urgent de comprendre que sans des politiques de formation massives et tous azimuts, les promesses des grands groupes IT ne pourront être tenues. Les capacités vont manquer, c’est clair… mais quelles en seront les conséquences ?

























Commentaires sur cette entrée :
Excellente analyse, Fred… Je rentre de vacances, durant lesquelles j’ai pu échanger sur les difficultés de l’Ouest, et comme tu le dis, ce n’est pas réjouissant non plus, très loin de là !
Une génération entière de papy boomers va partir en retraite, et qui vient derrière pour prendre la relève ? Personne ou en tout cas beaucoup trop peu de monde !!!
A très vite !
Propos très pertinents en effet, mais ne seraient ils pas un brin alarmistes, notamment concernant l’Europe de l’ouest ?
Sans remettre en cause l’accentuation de la tension du marché des compétences liée en partie au papy boom, je ne crois pas que nous allons vers une pénurie massive qui pourrait engendrer des répercussions économiques importantes. Nous avons des talents et des jeunes formés ou à former en entreprise…mais beaucoup les ignorent !
Une des solutions d’avenir consiste à mon avis à faire la connexion entre les compétences et les entreprises qui en ont besoin.
La formation reste aussi un enjeu majeur, bien entendu.
Je suis à Marseille ces jours-ci où je visite un de mes clients devenus récemment fililale d’Orange et un éditeur de soft, très très innovants. Nous travaillons avec le premier depuis un an (9 personnes en équipe dédiée) et depuis bientôt deux avec le deuxième (5 personnes en équipe dédiée).
Hier, ils m’ont invité à déjeuner avec une autre entreprise locale qu’ils me présentaient.
Nous n’avons pratiquement pas parlé coûts offshore… mais de leur difficulté de staffing en Europe de l’ouest qui est complètement incompatible avec leur statut d’entreprises de croissance. Ils me disent que depuis un an, c’est devenu presqu’impossible, même à Marseille, dans des entreprises très innovantes, de recruter.
Ils se définissent eux-mêmes, comme apparenant à la 4è catégorie de mon billet, celle des entreprises qui offshorent par manque de capacité.
C’est là qu’il y a un manque très préjudiciable, car ce sont ces entreprises qui finalement peuvent apporter de la croissance à la France et le pb est bien pre en Allemagne !) et elles ne sont pas loin de conclure que si nous ne nous étions pas rencontrés… elles n’auraient eu aucune croissance depuis 12 mois.
Je pense sincèrement que le manque d’ingénieur est en train de provoquer une asphyxie lente et discrère des projets innovants… focalisant ainsi les ressources sur les tâches de maintenance.
Bonjour,
je souhaitais avoir votre avis sur l’Ukraine (Kiev) en tant que destination pour de l’offshore …
Le probleme pour les français c’est qu’il ne parle que anglais, mais il semblerait que les compéences soient de trés bon niveau…
Avez-vous déjà travaillé dans ce pays ?
Est-ce un avantage ou un inconvénient qu’il ne soit pas dans l’europe ?
Merci
Julien