Il y a très longtemps que j’ai envie de faire ce billet, et je le retardais sans cesse ; un peu par manque de courage devant un sujet aussi ardu qu’impopulaire
Et puis voilà, que tout à coup, la semaine dernière, en voyage à Tunis, Laurence Parisot m’a fait le pitch, gratos, en déclarant que les délocalisations peuvent être créatrices de valeurs pour l’ouest. Mieux encore, elle m’appelle (je l’ai pris pour moi), à mieux expliquer la chaîne de valeur ajoutée… Je ne pouvais plus reculer. Merci Laurence !
Dans mon métier, je dirai que globalement, et même en France, le concept de globalisation est toléré, voire admis, mais de là à le considérer comme vertueux, faudrait pas pousser pépère dans les orties.
Et pourtant, je vois deux bonnes séries de raisons que la France devrait considérer à l’heure de son inexorable : industrielles et fiscales.
- Les raisons industrielles : la France manque tout autant d’ingénieurs que de travailleurs qualifiés à ce jour. Qui a vu un ingénieur au chômage ? Qui a vu un dessinateur R&D au chômage et bien sûr un développeur de soft ?
Il faut à cet égard être absolument clair. La France, tout comme l’Allemagne d’ailleurs, souffre d’un déficit de main d’œuvre qui inhibe les capacités créatives et productrices de nos entreprises. Savez-vous que la France pourrait ne pas être en mesure de livrer les centrales nucléaires qu’elle vend à tour de bras, simplement par manque d’ingénieurs ?
Les capacités que les entreprises françaises mobilisent à l’étranger viennent s’insérer dans un processus de création de valeur français. Autrement dit, à leur livraison en France, les travaux produits à l’étranger profiteront d’un environnement qui les valorisera en terme d’usage… ils seront donc revendus plus chers… ce qui permettra à l’entreprise acheteuse des sous- ensembles produits hors de France de réinvestir, de mieux payer ses employés, de rémunérer des actionnaires français, mais aussi de payer plus d’impôts en France que si elle avait produit pour plus cher localement (eh oui !)…
Ajoutons, et cela s’est toujours passé comme ça dans mon expérience d’offshorer, que je n’ai jamais vu un seul de mes clients (regarder cette liste de success stories, mais attention, tous ne sont pas traités offshore) licencier un seul de ses salariés après nous avoir confié un contrat d’externalisation. En revanche, cela leur a en général permis de s’alléger de tâches de productions logicielles. Ce qui en retour a libéré de l’expérience acquise par la génération de développeurs précédente, en termes de créativité, de conception, de gestion de projet, d’architecture… Le processus d’outsourcing les a ainsi libéré de tâches de production et de management finalement évitables. Je ne parle même pas des services de testing… économiquement incompatibles avec les coûts français dès lors que l’on parle de compétitions avec des produits développés en extrême orient. Ainsi, c’est toute une capacité de création de valeur, par l’innovation, qui va se libérer par le transfert d’activités… qui vont elles mêmes permettre à des économies émergentes de connaître les bienfaits de notre merveilleux monde occidental !
Une dernière question, en forme de conclusion : vers quel pays part majoritairement la production indienne de logiciels ? Vous avez trouvé, n’est-ce pas ? Ce pays est-il menacé dans sa capacité d’innovation logicielle ? Ces entreprises sont-elles sur le point de disparaître ? En parallèle, cette année, la France vient de perdre un de ses rares représentants à l’extrémité de la chaîne alimentaire du software : Business Objects, dans le plus grand silence. A ce niveau, il ne me vient à l’esprit, désormais, que Dassault Systèmes.
- Au niveau fiscal maintenant : l’explication est beaucoup plus rapide, car elle découle toute entière du niveau industriel. La France, dans les conditions de rareté de la main d’œuvre susdites, mais aussi de manque de compétitivité de ses systèmes, a bien besoin, fiscalement, des revenus que les entreprises battant pavillon tricolores vont aller générer à l’étranger.
Pour la France, voire ces entreprises sous-traiter dans d’autres pays avant de réintégrer la production dans sa chaîne de valeur, cela revient à élargir l’assiette fiscale française par l’élargissement de la capacité de production. C’est l’enfance de l’art de l’économiste.
Je ne vais pas aller chercher très loin mon exemple. Pentalog France génère, sur ses seules capacités de production, un résultat opérationnel de 2%… pas parce que nous cherchons à le réduire, mais parce que la France cumule les plus forts coûts sociaux d’Europe avec le plus faible niveau de prix de prestation intellectuelle (je ne parle pas en l’air, je connais réellement le fonctionnement de tous les marchés de consulting européen).
Et bien, pour 2007, nous afficherons en France, grâce à l’intégration des productions roumaines et moldaves, un chiffre d’affaires 5 fois plus importants que celui généré par la seule équipe française et un résultat français 7 fois plus important et donc une note fiscale multipliée par 7…
Laurence, ça va comme ça ?






















Commentaires sur cette entrée :
Ayant un peu réfléchi moi aussi sur cette problématique, j’ai été interpellé sur une phrase de votre résonnement: “Ce qui en retour a libéré de l’expérience acquise par la génération de développeurs précédente, en termes de créativité, de conception, de gestion de projet, d’architecture”.
Dans la mesure où la génération SUIVANTE de développeurs ne sera plus “in house”, mais bien outsourcée, d’où viendra la fameuse “expérience [...]en termes de créativité, de conception, de gestion de projet, d’architecture” de la PROCHAINE génération?
Très bonne question… à laquelle j’envisage deux réponses possibles :
1. la carrière des gens impliqués dans un processus de création de logiciel ne commence pas forcement par du dev. J’en veux pour preuve les nombreux ingénieurs de grandes écoles, ou les jeunes issus de filière de gestion, ou des ergonomes, qui ne passent jamais par le dev et qui pourtant sont très nombreux chez les éditeurs de soft (bien plus que les développeurs en tous cas). Ils travaillent alors directement sur l’amont, au plus proche des besoins du client et de l’expérience personnelle que ce dernier développera avec le soft. Les phases de code « pur » représentent rarement plus de 50% du temps total du cycle de développement et de maintenance (plutôt 25 à 30% quand le produit a été bien conçu en amont). Si la tendance à l’offshoring est durable, il faudra effectivement envisager de repenser les formations, un peu comme on l’a fait dans l’industrie (on forme maintenant des acheteurs industriels). Quoi qu’il en soit, les ressources humaines des pays développées trouveront alors leur place « plus haut » dans la chaîne de VA, plus proche du marché. Il ne faut pas oublier que 30% des temps de développement sont dus à des erreurs et des manques de spécifications…investis en pure perte. Il y a donc là un gros réservoir de jobs, métier, en amont. Je pense quoi qu’il en soit que le face à face avec un éditeur de code, en vert sur fond noir, n’est pas la meilleure solution aujourd’hui pour acquérir l’expérience en gestion des hommes, en maîtrise des projets, où en analyse métier. Les frameworks, qui ont réduit les temps de développements purs, ont-ils, selon vous, nuit à la progression des individus dans leur carrière ? Non bien sûr, au contraire, et pourtant ils ont considérablement réduit les temps de codage dans la réalisation des softs.
2. Il est possible aussi qu’avec le temps et la croissance des économies des pays émergents, leur compétitivité s’érode et que le recours à l’offshoring perde progressivement de son sens… mais alors cela pourrait signifier que c’est le marché qui, profitant de la dynamique de ces pays, se soit délocalisé ! Ce n’est pas ce que je nous souhaite ! C’est alors nous, la France, qui deviendrions un pays offshore
En conclusion, je dirai que nous sommes rentrés dans la phase industrielle de l’économie de la connaissance, comme l’automobile, l’aviation et tant d’autres auparavant…
Les réflexions que nous devons mener pour rester sur ce marché, doivent être philosophiques quant à la relation que les utilisateurs entretiendrons avec les produits que nous espérons leur vendre et industrielles sur les moyens de les produire.
Bonjour Monsieur Lasnier,
Je suis venu ici suite à votre message dans le forum offshore du site VIADEO qui donne le lien vers ce blog. Je vous invite à voir mon profil sur Viadeo.
Avez vous des clients en Espagne ou en angleterre? Avez vous des projets surs les Etats Unis? Je vous pose ces questions car j’ai des origines sudaméricaines et j’ai une idée de projet de création la bas d’une société de services informatiques spécialisée dans les services offshore et outsourcing. Je suis intéressé par votre expérience de créateur et dirigeant de société de service et notamment de l’offshore qui pourrait me conseiller sur le sujet. Cela pourrait etre intéressant pour votre société en termes de fournisseur d’offshore sur une zone géographique différente (amériques) mais aussi linguistique.
Au plaisir de vous lire…
Merci de cette sollicitation.
Je vous répondrai à part par mail.
Je vais essayer de faire uen première réponse, par intérêt pour le blog :
- quand vous savez déjà produire offshore/nearshore pour Paris et Francfort et Wien… mais que vous avez aussi livré Nairobi, San Francisco ou Hong Kong… le désir est grand de faire encore + et de se structurer pour !
Je vous recontacte.