Dans un article des Echos, publié mardi, les grandes entreprises françaises de services informatiques, semblent admettre (enfin…) l’inéluctable.
A savoir que Cap Gemini et Atos reconnaissent ne plus faire croître leurs effectifs français au profit de leurs centres implantés dans les pays « low cost ». 0% de développement des effectifs en Occident chez Cap, contre +13,8% dans les pays émergents. Ça fait vraiment longtemps que j’attendais qu’elles commencent à le reconnaître. Leur obstination à ne pas lever le voile sur leur stratégie devait quand même laisser leurs grands clients sur leur faim (eux reçoivent des propositions extrêmement alléchantes d’Accenture, ou même directement désormais des majors indiennes). Comment leur communication pouvait-elle continuer, en effet, de proclamer que l’offshore était une tendance mineure et qu’ils ne voyaient pas à terme une part de marché supérieure à 5% pour le low cost… c’était tout simplement grotesque, surtout quand on sait que les pays les plus innovateurs en matière d’informatique fonctionnent depuis longtemps avec un recours de 30% à l’offshore. Que dire enfin de l’accélération des débits, de la téléphonie IP, des plans qualité, des outils de travail collaboratifs que ces entreprises déploient pour leurs clients internationaux ? Vous ne trouvez pas que c’est un peu comme quand on a dit que tout le monde continuerait à prendre le train et que l’avion était un truc farfelus et sans intérêt. Cela revenait à dire que les français n’étaient pas capables de reconnaître l’aspiration à la réduction des coûts dans leur production logicielle. De là à dire que le logiciel français était très loin du concept d’industrialisation, il n’y a qu’un pas… que je n’hésiterai pas une seconde à accomplir. L’industrialisation passe, nécessairement, par une recherche de réduction des coûts.
Aujourd’hui, c’est Atos et Cap Gemini, qui clament haut et fort, leur intention de confier en priorité les TMA et les missions d’intégration à leurs centres offshore, tandis que le conseil et l’assistance technique resteront en France. Sopra se démarque en affirmant que le gros de son développement restera local… Monsieur Pasquier incarne la réussite des SSII françaises au plus haut niveau. Je pense toutefois qu’il n’a pas compris que l’offshore informatique participait aussi d’une volonté d’internationalisation et de globalisation de la pensée logicielle.
Je crois moi que les opérations de conseil, après deux ans de maintenance ou plusieurs intégrations successives dans un même métier, pourront s’accomplir dans un cadre offshore.Ces grandes entreprises de service n’ont-elles jamais répondu, dans le cadre des opérations de référencement, à des demandes de tarifs sur des prestas qui ressemblaient à s’y méprendre à de l’AT (les débits d’internet n’arrêtent pas de grimper, alors pourquoi ne pas oser ?). N’ont-ils jamais eu des demandes relatives à des missions de business analysts offshore (de la part d’un très grand opérateur de téléphonie fixe et mobile) ? Nous-mêmes avons d’ores et déjà une bonne dizaine de consultants et autres analystes, travaillant depuis le site offshore, pour des clients localisés à des milliers de kms. Si on ajoute l’AT, nous en avons au moins 50 sur 250 qui travaillent déjà selon ces modalités. De temps en temps, ces personnes se déplacent pour quelques jours, voire quelques semaines, chez notre client… c’est tout.
J’attends maintenant de voir, dans ce nouveau contexte de reconnaissance de plus en plus globale de l’offshore, comment vont évoluer les positions de Syntec, qui en matière d’analyse stratégique, faisait vraiment pitié.
Savez-vous, mais je ne dirai pas le nom de ce triste sire, qu’un jour nous avons été appelés, à Orléans, par un cadre dirigeant du syntec, qui nous a ouvertement menacés de nous empêcher de gagner des affaires, et de nous faire de la contre publicité… C’est quelqu’un qui a fait une très grande école française, disons… très vieille France. J’en ai encore honte pour lui et pour l’institution qui lui a confié des responsabilités. C’est fou de voir des gens, prétendument de si haut niveau, se fourvoyer à ce point et commettre une telle erreur d’analyse sur leur rôle au sein d’une organisation pourtant aussi mature. C’était il y a deux ans seulement, était-ce la vision de Syntec ou celle d’un Superdupont du service informatique tricolore ?

























Commentaires sur cette entrée :
Pour ce qui concerne Syntec, je pense que ce document te donnera la réponse :
http://www.syntec-informatique.fr/Admin/AdvFileManager/TAGFileDownload.aspx?FileID=471
C’était un superdupont ^^
Intéressantes tes réflexions, quoique très optimistes concernant l’offshore. Je pense qu’un projet offshore comporte des risques beaucoup plus grand qu’un projet onshore. C’est à prendre avec des pincettes, une dynamite qu’on ne donne pas entre toutes les mains ^^
Bonjour Melopey et bravo pour le pseudo, il est superbe !
Je connaissais ce doc. Ce fut d’ailleurs ma première rencontre avec la “vision” de l’offshore du Syntec.
Jusqu’à recevoir des menaces un peu plus tard.
Je ne voudrais pas donner l’impression que l’offshore est une discipline facile. Il demande même un très haut niveau de spécialisation de chaque côté (dans le pays « cible » – y compris chez le client – et bien sûr dans le pays « shore »).
Par ailleurs, l’expérience qui est celle du groupe que je dirige, est essentiellement une expérience européenne, plutôt nearshore. D’ailleurs toute l’astuce aujourd’hui consiste à développer des unités de prod en province des pays d’Europe de l’Est. Ainsi vous êtes en territoire de culture européenne, tout en étant en prix « offshore ».
Attention aussi à comparer ce qui est comparable. Certains clients ne sont jamais sortis du modèle régie sur site avec un spécificateur pour deux développeurs. Tout le monde alors a l’impression de « bien » travailler et d’être productif (parce qu’il y a peu de déchets et que la compréhension est bonne), pourtant la production logicielle relative des 3 personnes est dérisoire une fois comparée à un process industriel bien rodé. La productivité n’est parfois qu’une impression lorsqu’elle n’est pas mesurée.
Aujourd’hui, je peux affirmer sans aucune hésitation que nous n’avons pas de différence entre un processus industrialisé (hors des locaux du client) en France et en Roumanie/Moldavie. Il n’y a que le prix qui est divisé par deux…
Bien entendu, il est toujours plus difficile de faire industrialiser un process loin de chez soi que de le faire de chez son voisin de pallier. Et c’est bien pour cette raison que l’offshore est une affaire de spécialistes !