Par exemple, je vous invite à poursuivre ce lien. L’article est de juin. Je me demande en le lisant aujourd’hui s’il y a des stratèges chez EADS ? Berlin et Paris ont-ils leur mot à dire, à l’heure où la plus grosse entreprise de construction aéronautique d’Europe cherche absolument à participer à la reconstruction de l’industrie aéronautique russe ? C’est dur de trouver des propos pareils dans la bouche d’un Gandois. Certes, il est là pour faire du biz…
Au moment de la rédaction de cet article, en juin, j’étais en concurrence sur un dossier d’informatique embarquée, avec une proposition en provenance de Novossibirsk, établie dans le cadre d’une JV entre un géant français de la R&D outsourcée et une entreprise locale. Le partenaire français de cette alliance est donc une boîte particulièrement sous-traitante de nos industries aéronautiques et militaires. Il est entendu que pendant la négociation de cette affaire avec notre client, que nous avons gagnée, je n’ai pas hésité une seconde à évoquer les risques que représentaient une relation avec une entreprise russe, dans un contexte géostratégique qui montrait déjà des signaux de tension évidents (bouclier antimissiles en Pologne). De même, je crois qu’il faut se souvenir qu’à part le fait d’être une excellente cité universitaire, Novossibirsk est aussi une vraie plateforme de criminalité organisée.
Toute forme d’investissement technologique en Russie pose question à l’heure actuelle ; la plupart du temps pour des raisons d’espionnage économique et industriel, que ce soit dans le cadre de technologies civiles ou militaires.
Désormais, quiconque fait un choix d’investissement en Russie devra se souvenir que la Russie peut surprendre et que les tensions actuelles ne sont rien en comparaison de ce qui pourrait se passer le jour où elles s’exerceront sur les frontières de l’OTAN ou pire, sur les frontières de l’Union Européenne. Nous n’en sommes pas forcément loin avec la Moldavie ou plus encore avec les pays baltes, qui sont membres de l’Union Européenne et qui vivent avec appréhension l’irascibilité et l’expansionnisme de leur grand voisin. Ils ont raison, car la Russie n’a renoncé à rien de ce qu’elle pense n’avoir que temporairement perdu. Une telle tension se traduirait alors, immanquablement, par une glaciation instantanée de la relation économique et par des risques conséquents pour ces investissements.
Mesdames et Messieurs du Quai d’Orsay et de toutes les chancelleries de l’Union, ouvrez les yeux, et contrôlez mieux les investissements stratégiques de nos sociétés. Et surtout ne nous rejouez pas un nouvel épisode d’éblouissement munichois, sur fond de représailles économiques incertaines. Ecoutez Fillon en Daladier sur Europe 1 (un commentaire ici) aujourd’hui puis ré-écoutez après l’original de septembre 1938. C’était il y a presqu’exactement 70 ans et c’était aussi bouleversant de courage intellectuel et moral.






















Commentaires sur cette entrée :
Article frappé au coin du bon sens même s’il est pour moi excessif de comparer la situation actuelle avec celle qui prévalait en 1938.
J’ajoute mes deux kopecks : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/09/02/les-capitaux-russes-a-la-conquete-de-l-ouest-par-jean-pierre-stroobants_1090573_
3232.html
La Russie a une doctrine (la mise en dépendence des économies ouest-européennes) au service de ses buts stratégiques (dominer ses frontières, laver les affronts occidentaux) et les moyens de les mettre en oeuvre.
Bien sûr, toujours ce débat sur les comparaisons historiques.
Il se pourrait pourtant, personne ne peut l’exclure, que la Géorgie est une première étape seulement d’un processus de reconquête.
Et quels que soient les moyens, pression sur les hydrocarbure d’un côté et engagement militaire de l’autre, il pourrait bien être question de la reconquêe de tout le territoire mental des russes (d’autres appeler ça le Lebensraum).
Je ne veux pas m’interdire cette comparaison aujourd’hui. Les 27 ont montré qu’ils ne savent pas comment réagir, pare qu’ils ne sont pas d’accord entre eux. Curieusement, c’est ceux qui n’ont jamais eu à souffrir des russes (dans une période récente), qui se montrent les plus mous du genoux. Bizarement aussi, ce sont aussi ce qui ont le plus de trucs à vendre à la Russie.
Ce que je compare, c’est l’orientation, pour de mauvaises raisons, vers des positions faiblardes et inadmissibles au sens du droit intenational.
Ce que je compare aussi, c’est qu’il pourrait s’agir d’un premier test de la communauté internationale…
“Positions faiblardes” du reste parfaitement explicables. Comment dire à Putin qu’amener ses chars en Géorgie c’est mal, que reconnaître unilatéralement l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, c’est mal alors qu’on a soit même bombardé Belgrade et reconnu unilatéralement l’indépendance du Kosovo ? Le problème de fond est que l’Europe-Entité n’a pas de projet politique et,donc, aucun but stratégique autre que la somme incohérente de ceux de ses membres et des multinationales opérant sur son territoire.
S’ajoute à cela le fait que l’Europe-Entité s’est mise en état de dépendance structurelle envers la Russie.
Tout ça pour dire que les positions faiblardes ne sont que la conséquence logique du comportement des Occidentaux depuis l’éviction de Gorbatchev en 1991. On a rien fait à l’époque pour accompagner le changement, on a préferré se payer sur la bête, maintenant, on en subit les conséquences.
Après on pourra discuter pendant longtemps du futur proche et lointain de l’Europe en tant que continent mais pour moi le futur proche de l’Europe-Entité est scellé. Ca ne restera une zone de paix, de libre-échange et de relative prospérité que si le pouvoir russe le décide.