Il y a quelques temps déjà que je comptais m’attaquer à une double analyse de l’efficacité économique des entreprises, EST/OUEST d’une part, et sectorielle d’autre part (Editeurs/Services).
J’en ai retenu 3 à l’analyse au départ, puis j’ai décidé d’ajouter Pentalog… qui agit en tant que PME dans le secteur des services IT.
Je souhaite en fait vérifier plusieurs points. Quelle est la rentabilité des capitaux investis dans notre secteur, d’un acteur à l’autre ? Vaut-il mieux être éditeur ou fournir un service ? L’investissement dans les entreprises offshore est-il meilleur ?
Bien sûr, il faudrait analyser bien plus de 4 entreprises pour tirer des conclusions. Mais vous savez ce que c’est… problème de temps. Ma petite liste intègre donc Cap Gemini, Microsoft, Wipro et Pentalog.
Les résultats seront-ils aussi décapants que je l’imagine… regardez donc ce tout petit tableau :

Les multiplications entre parenthèses mesurent systématiquement le rapport aux capitaux propres. On pourrait critiquer une telle mesure au niveau du CA. Je pense toutefois que cela donne une idée du taux de transformation des capitaux en activités. De même qu’il donne une idée des besoins de cash pour financer le chiffre d’affaires.
Pour l’Ebit, cette multiplication représente le taux de rentabilité d’exploitation des capitaux propres. Le dernier mesure le rapport existant entre les capitaux propres et la capitalisation boursière. En général, on mesure en années de bénéfices.
Ce qui apparaît de manière évidente, c’est que la plus grande efficience des capitaux propres est celle de Pentalog (qui les transforme plus de 5 fois en CA annuel et qui atteint l’année dernière les 83% de rémunération).
Ce qui apparaît clairement aussi, c’est que Cap Gemini se paye bien peu cher en comparaison des deux autres sociétés cotées. Finalement Wipro et Microsoft s’achètent pour 6 à 7 fois leurs capitaux propres (rapport entre la capitalisation et les capitaux propres), tandis que Cap Gemini se cède à 1,5 fois. Il est probable que Pentalog s’apprécie autour de 10 à 15M€ aujourd’hui, soit autour de 20 fois ses capitaux propres. Les analystes, en général, parlent plutôt en nombre d’années des bénéfices. On est alors à 12 ans pour Cap, 17 pour Microsoft et près de 30 pour Wipro ! Nous parlerions d’environ 20 à 25 années pour Pentalog.
Pourtant la dernière ligne de mon tableau est claire : parmi les 3 sociétés cotées, c’est bien Cap Gemini qui génère le plus gros profit… une fois ramené au prix de l’action : 8%, contre 3,62% à Wipro et 5 à Microsoft.
Explication. Cap Gemini ne se présente pas comme un rêve, que ce soit pour la profitabilité de son exploitation ou ses capacités de croissance. Il se paye donc moins. De son côté, Wipro affiche un taux d’Ebit sur CA de 17% (!), et caracole, selon les années entre 20 et 30 points de croissance… c’est la définition d’un rêve. Ajoutons que les investisseurs, aujourd’hui, n’ont que très peu « pricé » les potentialités futures et gigantesques du marché indien, alors que pourtant, mon petit doigt me dit…
Et Microsoft, que vient-il finalement faire dans mon inventaire ? Je pense que les risques encourus par la firme de Redmond sont totalement représentatifs de l’évolution du monde de l’IT. Faute d’un accord dans l’internet, Microsoft va bientôt se retrouver complètement marginalisé dans un monde qui ne veut plus payer pour le soft. Il lui FAUT un accord dans la régie publicitaire. C’est une question de vie ou de mort. Il y a bien sûr des stratégies alternatives, dans le contenu ou les telecoms. Mais Microsoft doit maintenant aller vite, très, très vite. Yahoo vient de lui faire perdre plusieurs mois. Faute de très grande annonce dans les 12 à 18 mois, je vois mal l’avenir de Microsoft, arcbouté sur sa propriété intellectuelle, dans le secteur le plus mondialement ouvert qui soit, et dans lequel plus personne n’acceptera bientôt de payer pour un droit d’usage. Microsoft a beaucoup, beaucoup vieilli, et pas compris grand-chose à l’évolution récente du monde. Microsoft pourrait être à l’OS et à la bureautique ce que Borland fut au langage.
Alors quel rapport entre Microsoft, Wipro, Cap et Pentalog ? Tous les 4 appartiennent au même compartiment du marché. Mais maintenant, tout a changé. Un acteur de services tel que Wirpo s’apprécie déjà 2 fois plus, en années de bénéfice, que le premier éditeur de logiciel mondial (qui l’eut cru il y a 5 ans seulement ?). Sa rentabilité d’exploitation (Ebit/CA) est quasiment identique mais les capitaux propres nécessaires à sa bonne marche et à ses 30% de croissance sont 2 fois plus efficaces.
Un Pentalog est 4 à 5 fois plus efficace qu’un Wipro et nous ferons encore mieux cette année. Certes nous sommes une PME, peu encombrée de graisse, mais nous ne sommes plus non plus une micro entreprise, non analysable. Sincèrement, Wipro et Pentalog vivent dans un marché comparable, mais les Wipro et les Infosys ont bel et bien commencé à faire de la graisse et à gérer “old fashion”. Tout cela cache des mouvements profonds. Un Cap qui s’apprécie 12 fois, dans un marché sans grand risque et progresse finalement vite, contre un Microsoft apprécié 17 fois et en plein doute. Sur qui misez-vous ? Et que pensez d’une évaluation de 30 fois les bénéfices pour Wipro ? Moi ça me conviendrait car tous les marchés offshore ne nous sont pas encore parvenus, loin de là. Et un Wipro, plus que tout autre acteur, est conçu pour la conquête des pays émergents.
Mais d’un autre côté, quelle valeur donner à une entreprise située dans un pays exposé à l’un des plus grands risques géostratégiques de la planète – quelques soient ses performances ?
Faire de l’analyse doit être un métier très passionnant mais très exposé !






















Commentaires sur cette entrée :
A mon avis Microsoft n’a pas grand chose à voir avec les 3 autres. Editeur pur, archétype de la vente indirecte. Par ailleurs il faudrait enlever de ses fonds propres l’énorme montant de liquidités non nécessaires au business (pratiquement 25 Md $…). Microsoft c’est une caisse d’épargne qui a une activité d’édition de logiciels..! Forcément l’efficience des capitaux investis s’en ressent! Celà dit je suis plus prudent sur la décadence mainte fois annoncée de ce mastodonte et mainte fois démentie. Certes la suite bureautique a du souci à se faire mais les outils (serveurs, plateforme de dev…) est en plein boum et moins menacée par le monde libre….et le cash va bien finir par servir (c’est raté pour Yahoo! encore que..).
Dans le métier des services (les 3 autres) le montant des fonds propres n’est pas facile à utiliser: les incorporels ne sont pas toujours valorisés (ou valorisés sur des bases très différentes) alors qu’ils représentent en fait l’essentiel de la valeur et les besoins en capitaux traditionnels (immobilisations + BFR) sont faibles.
Cea dit bravo à Pentalog!
Effectivement, l’association au raisonnement n’était pas automatique… j’en conviens. Mais ceic étant dit, nous travaillons avec les produits microsoft, ils sont aussi nos concurrents au recrutement en Roumanie. J’estime donc qu’ils appartiennent bel et bien à la même sphère.
Relativement à leur business, je pense quand même que sur l’essentiel de leur business historique, ils font face au plus grand risque de leur histoire. Le modèle de l’édition généraliste est battu en brèche. Les produits de dev sont excellents mais ce ne sont que des produits de dev… auxquels la plupart des grands comptes restent hermétiques.
Ceci dit, ça fait effectivement un certain temps que l’on spécule là-dessus.
Et je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre analyse. Les fonds de tréso sont bels et bien partie prenante du BM.
Merci de votre commentaire.