Depuis mon retour des US, je cherche le temps et l’inspiration me permettant d’illustrer les sensations que j’ai eues là-bas. Pour l’inspiration, c’est la perte du triple A et les singeries politiques qui ont précédé, qui me l’ont apportée. Pour le temps, comme d’habitude, un petit voyage en avion.
Mon propos ne sera pas bien long. Il me vient des routes défoncées dans New York, comme par un tremblement de terre. Il me vient aussi de la fragmentation économique, sociale et culturelle qui fait que des californiens disent qu’il est plus facile de comprendre et de se comprendre avec un employé de call center à Calcutta qu’avec un natif du golfe du Mexique. Le voyageur se demandera si les gens des côtes, Est et Ouest, appartiennent bien à la même nation que ceux du centre du pays. Ce pays où désormais, même les classes moyennes riches, ont honte, dès lors qu’il s’agit de parler des écoles publiques ou du système de santé. Ce magnifique pays, celui de Yale, Berkeley, Harvard, qui nous fait tant rêver, mais qui est le premier à voir décroître son espérance de vie.
L’autre facette de cette Amérique de tous les jours , c’est celle du plus grand arsenal guerrier du monde, comptant un tel nombre de porte-avions (11 ?) en service que le Président américain ne sait probablement pas où il les a tous rangés. C’est aussi des programmes de développement d’avions de combat au budget quasi infini (voir le F35), des centaines de milliers de soldats déployés sur des terrains variés, dans des guerres aux relents colonialistes du XIXè siècle… Ce que l’Amérique économise sur le dos peuple américain, elle le dépense en joujoux de mort rutilants, sensés donner le change diplomatique à toutes les nations du monde.
Je ne peux m’empêcher de penser que cet état, qui ne réagit pas à l’appauvrissement factuel, intellectuel et moral de sa population, qui limite les moyens alloués aux outils de développement économiques les plus élémentaires (éducation, infras), qui invente des menaces pour justifier des actions militaires devant le peuple, présente les atours budgétaires et philosophiques d’un régime dirigiste d’extrême droite. Existe-t-il une sous discipline de l’histoire contemporaine, qui fasse, par la seule analyse des ratios budgétaires, la radiographie des régimes politiques ?
La ressource financière des US est donc affectée à des besoins douteux dans une perspective historique (le retrait d’Irak, bientôt, dans un contexte de retour de la violence, le prouve), tandis que les besoins tangibles d’éducation et de protection sanitaire ne sont pas couverts. Rien ne semble trop beau pour le pôle militaro-énergetico industriel, complètement dépassé par la course du monde, mais qui continue de s’enrichir pendant qu’il appauvrit la nation. Le prochain président américain, sauf à verser totalement dans la paranoïa, n’aura pas les moyens financiers de cet ersatz de dirigisme sud américain d’extrême droite . Que fera-t-il de cette opportunité historique de changement de cap ?
Je précise à ceux qui ne me connaissent pas que j’aime l’Amérique et que j’ai souvent rédigé des papiers sur le génie américain. La même analyse budgétaire, appliquée à la France, avec ses 56% de dépenses publiques dans le PIB, amènerait à conclure que la France est aussi un ersatz de régime totalitaire socialiste. Est-ce un passage obligé pour de vieilles démocraties ?

























Commentaires sur cette entrée :
US Navy 11 porte-avions principaux (projection de force et navires amiraux de groupe aéronaval) auxquels il faut ajouter les 10+ porte-avions/hélicos de l’USMC (class Wasp et Tarawa) qui sont aussi gros que le CVN français Charles-de-Gaulle.
J’y suis en ce moment, et je dois avouer que je suis assez surpris…
Surpris par les contrastes que l’on peut y trouver. J’y étais pour les vacances, et j’ai fait Nevada / Utah / Arizona / Hawaii / San Francisco. Quel point commun entre Las Vegas, Moab, Lihue, et San Francisco ? A priori pas grand chose… D’un côté la démesure à LV, ou tout est fait pour pousser à la consommation abusive, à la dépense folle. Ensuite une petite ville, au fin fond de l’Utah, entourée de parcs nationaux superbes, qui semble avoir encore une vie comme il y a pas mal de temps, celui du temps des westerns spaghetti… Puis Lihue, sur l’île de Kauai. Où les gens vous disent qu’ils ne sont pas américains mais hawaiiens. Et où le rythme est plutôt “aloha”. Et enfin, SF. SF qui séduit car elle est belle, elle est trépidante, elle est proche du coeur économique de l’état, la silicon valley… Elle est métissée, ouverte, innovante, libre… en tout cas en apparence… J’ai d’ailleurs un peu envie de dire, en apparence, comme la Silicon Valley…
Alors si, peut-être un point commun : un certain génie du marketing, dans cette capacité à proposer au visiteur ce qu’il s’attend à voir. Oui, vous voulez voir cela, oui, vous allez le voir.
Pour le reste, à l’exception de Lihue, probablement aussi une grande fierté d’être américains. Une certitude d’être des leaders. Ce qui est à la fois un signe super encourageant, car cette confiance permet de renverser des montagnes, mais ce qui est aussi un risque car on ne tient pas compte de la réalité…
Enormément de contrastes, donc. Et une vision peut-être déformée de la réalité… Mais également beaucoup beaucoup d’atouts, et une mentalité tellement différente de la mentalité européenne et surtout française, qu’il est difficile de comaprer !