Bucarest, la Roumanie tout entière sont groggy, fatiguées, dégoutées après le cycle électoral qui vient de s’achever. Tout le monde a perdu. Tout le monde ? Non, il y en a un qui s’en sort toujours, invariablement, depuis quelques années. Ce quelqu’un, c’est le Président sortant, Traian Basescu. Tous les partis ont perdu, les milieux d’affaire ont perdu et le pays court actuellement vers la banqueroute. 70% du PIB roumain d’hier était basé sur la consommation et les malls, vides aujourd’hui ont poussé comme des champignons.
Comment en sommes nous arrivés là ? Pourquoi l’industrie n’a pas pu se développer dans les villes de taille moyenne ? C’est très simple. En Roumanie, personne (ou presque) n’investit. Ni l’état, ni les fonds d’investissement privés locaux. Tout DOIT venir de l’extérieur : investissements des multinationales, de l’Europe… Je parlais l’autre soir avec des industriels à soirée de gala de la CCIFR. L’infrastructure routière condamne totalement l’investissement en Roumanie. Es personne n’accepte de payer normalement ses impôts : 40% de l’économie reste informelle ! Ceux qui protestent contre la corruption des puissants sont les mêmes qui s’épuisent de combines en plans foireux. L’un de nos amis, chef d’entreprise, nous disait l’autre jour que sur un marché public de plusieurs centaines de milliers d’euros, les fonctionnaires lui avaient demandé une enveloppe représentant 40% du montant du marché… pas mal pour un pays sans argent. Puisque bien entendu, pour payer 40% de commission, il faut d’abord avoir augmenté d’autant le prix du marché. C’est donc le contribuable et le citoyen qui paieront. 40%, l’énormité du chiffre m’a soufflé !
L’atmosphère est plus mauvaise aujourd’hui que quand je suis arrivé il y a dix ans et que le pays fourmillait d’énergies et d’espoir, malgré l’énormité de la tâche. Tout le monde est las de la médiocrité de la classe politique. Quelle excuse pouvez-vous trouver à un président qui refuse le compromis politique au moment où le pays pourrait sombrer dans la banqueroute ? Pourquoi la responsabilité d’un chef d’état pour banqueroute ne serait pas envisageable, à l’instar d’un chef d’entreprise. Où est la différence ? Pourtant, la situation est bien celle-ci : pas de gouvernement, pas de versement du FMI. Mais que dire des partis politiques qui ne sont pas plus capables de faire cet accord avec le président ? Eux vont maintenant jouer la politique du pire. Basescu a voulu prendre ce risque, qu’il l’assume donc jusqu’au bout ! Au plus haut niveau des entreprises multinationales que je côtoie, on reconnaît en secret que l’on commence à évaluer des scénarii de sortie de l’Union Européenne. Je crois même, que l’Union doit attaquer fort sur ce sujet. Les roumains ne bougent que lorsqu’ils sont au pied du mur. 10 ans de management. Sorry, les amis, c’est parce que je vous aime que je dis ça.
Pendant ce temps les roumains de la dispora, qui eux ne vivent pas les difficultés locales soutiennent toujours Basescu, qui continue d’incarner à leurs yeux la normalisation de l’image de la Roumanie. Le lendemain, en voyant que la diaspora avait voté Basescu, l’un des plus importants leader du Parti Social Démocrate, estimait, sans rire, que les voix de la diaspora devait être minorée d’un coefficient ! Je vois aujourd’hui une Roumanie coupée en deux, éreintée de ses turpitudes morales et je suis extrêmement peiné devant le spectacle qu’elle offre au monde.
J’espère bien entendu en des lendemains meilleurs, mais quand viendront-ils ? Il est légitime de se poser la question, dans un pays qui devrait fêter dans quelques semaines la fin de la dictature de Ceaucescu… mais qui ne la célébrera pourtant pas. Mais comment faire, quand c’est toujours Ion Iliescu, le bourreau des étudiants en 1991, qui continue, cyniquement, de tirer les ficelles ? Tiens, d’ailleurs, à l’heure où tout le monde crie haro sur Basescu, est-ce que la sortie de la vie politique de Tonton Ionut, sans même passer par la prison, ne serait pas la solution ? Est-ce que Mircea Geona, cette fois, n’aurait pas gagné l’élection s’il n’avait été soutenu par le tyran de 90-91 ? Qui sait ?
Je crois qu’il serait bon, pour le bien de la Roumanie, de la voir sortir définitivement de l’emprise de son vieux démiurge et de faire d’oublier enfin l’époque communiste et les sinistres condition de fondation de la Roumanie moderne.

























Commentaires sur cette entrée :
J’aime toujours autant ces articles de géopolitique mêlés de politique intérieur et d’économie… Très instructif… Merci Fred.
“Au plus haut niveau des entreprises multinationales que je côtoie, on reconnaît en secret que l’on commence à évaluer des scénarii de sortie de l’Union Européenne. Je crois même, que l’Union doit attaquer fort sur ce sujet.”
Meme si la situation politique en Roumanie reste instable cette fin d’annee on se retrouve pas dans les pires des scenarii economiques. Je ne sais pas si c’est au cause de l’inertie de l’annee derniere (je ne crois pas) ou tout simplement parce que la balance des imports / exports de la Roumanie s’est equilibree cette annee.
Je considere que c’est un faux signal d’alarme et qu’il faut etre plus prudent dans l’evaluation. Le plus grand probleme de la Roumanie en ce moment c’est le niveau des depenses dans le secteur publique, un probleme qui sera certainement resolu maintenant que le candidat social-democrat a perdu les elections et qu’un gouvernement de centre-droite devient fort probable.
En general, je ne suis pas un adepte des scenarii “apocaliptiques” et je voudrais sous-ligner qu’il faut laisser “l’organisme” politique roumain trouver son equilibre.
Si on commence a envisager des scenarii de sortie de la Roumanie de l’UE qu’est qui va se passer avec la Grece, par example? Ou tant d’autres pays dont la balance des dettes est nettement superieure a la Roumanie (en % par rapport au PIB, pas en Euro)?
Patience Marius, je vais te répondre