Bien sûr ce n’était pas prévu et ce n’était pas un rendez-vous de longue date… mais quand je l’ai vu hier matin au check in du vol Paris Bucarest, je n’ai pas résisté et je lui ai proposé de prendre le café (mais il n’a bu que de l’eau). Et puis nous ne nous sommes plus quittés pendant 6 heures. Je n’ai d’abord tout simplement pas pu lui cacher l’admiration, tout mondialiste que j’étais devenu, pour l’homme qu’il est. A 20 ans, j’arrêtais tout ce que je faisais pour écouter cette voix si particulière… et qui n’a parlé que pour moi pendant ce très long moment privilégié.
Je n’ai d’abord pas su comment lui parler, j’aurai voulu qu’il me juge après 3 phrases et un coup d’œil, mais bien sûr cet homme là est bien plus intelligent que cela. Alors, sans doute maladroitement, j’ai entrepris de lui dire ce que je fais pour qu’un dialogue s’engage. Ce n’était pas difficile, nous avons même trouvé plusieurs points, non pas d’accord, mais de convergence d’analyses.
Je lui ai dit que par passion pour le développement, par choix de mode de vie et par intérêt financier, j’étais un mondialiseur. J’aime la niac des populations qui s’élèvent. Je lui ai dit ce que je peux rarement dire, à savoir que je ne vois pas de raison valable, autre que le consentement commercial d’un client, pour qu’un français soit moins cher qu’un suédois et plus qu’un roumain et un vietnamien. Je lui ai aussi dit que j’étais un passionné de la compétition mais quelqu’un de sensible au destin de l’humanité.
Peut-être parce que je ne cherchais absolument pas la polémique, il m’a répondu « planétarisation ». Nous avons très vite été d’accord. J’ai toujours su, à l’école, quoi qu’en disaient mes professeurs, libéraux ou marxistes, que Malthus avait forcément raison, que notre univers terrestre était nécessairement fini et que tout n’était qu’une question de temps. Marxistes et libéraux, dans une incestueuse relation politique, ne faisaient que se débattre, comme ils pouvaient, avec le « croissez et multipliez ». La planète est une entité naturelle et tangible, pour qui a de grandes mains. Le monde, lui est un concept que l’on peut décliner à loisir : le monde de l’enseignement, de la finance, de l’écologie… La mondialisation ne serait ainsi qu’une maximisation des relations commerciales, de la politique et de la communication au sein d’un espace mental ne portant en lui-même aucune richesse naturelle et vivrière. Automatiquement, la mondialisation ne devient ainsi que pure spéculation sur ce dont le vivant a besoin pour accomplir sa destinée. Il n’y a pas de match avec Albert Jacquard, j’ai pourtant à cet instant la nette sensation qu’il vient de pousser la balle dans mes filets.
« – Pourtant Monsieur Jacquard, vous reconnaîtrez facilement que partout où les conditions du développement se sont réunies, souvent grâce à la mondialisation, la guerre, la violence, mais aussi l’hyper-natalité ont reculé.
- Oui, c’est exact, que ce soit en Iran, en Turquie ou maintenant au Maroc et dans bien d’autres endroits.
- La mondialisation pourrait ainsi venir au secours de la planétarisation, en contribuant tant à une répartition améliorée des ressources qu’à une maîtrise plus grande de la natalité.
- Je n’y avais jamais songé en ces termes et ce n’est pas faux. » A ce moment, je confesse avoir refreiné un sourire.
Il m’a sidéré pour tout le reste, par son ouverture d’esprit. Il n’y a aucun dogmatisme dans cet homme. Nous avons parlé du système des retraites par répartition, qui repose lui aussi sur une exponentielle, lesquelles sont vouées, comme chacun le sait, à se casser la figure. « Cela ressemble au système de Bernard Madoff, Monsieur Jacquard, n’est ce pas ? ». « Assurément, mais on ne peut pas le dire comme ça car la sociale démocratie a ses dogmes, quasi religieux, qu’on ne peut pas remettre en cause, c’est ainsi ». Pour la surprise qu’il m’inflige, et parce qu’il n’y a pas de match avec Albert Jacquard, je lui attribue encore un point en cachette.
J’essaierai de revenir un jour sur ce qu’il m’a dit du partage des richesses, finalement très proche de ce que mes amis m’ont toujours entendu dire. Je n’ai jamais aimé la rente, les loyers, les droits patrimoniaux et l’héritage. Je ne suis pas bien sûr, car cet entretien était finalement bien trop court, mais je crois que lui non plus.
Encore merci au hasard…
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Commentaires sur cette entrée :
Comme l’interlocuteur habituel du professeur Jacquard c’était l’abbé Pierre, mais que ce dernier n’est plus, tu es maintenant condamné à rencontrer Benoît XVI … Il te donnera sa lecture actuelle du “croissez et multipliez” !
Quel tissu de bêtises ! Vous allez nous faire croire que vous passez votre temps dans les aéroports pour répandre et partager la richesse à travers le monde ?
Qui êtes-vous pour juger l’idéal et les forces qui m’animent ? vous êtes brutal et agressif alors que je reconnais dans l’article la force de mon intérêt personnel dans ma démarche. Mais tous mes amis vous confirmeront aussi que le développement est chez moi un idéal sincère qui a parfois pris le pas sur la rentabilité des entreprises que je dirige. Je vous encourage aussi à faire vos commentaires sans pseudo. Agressivité et pseudo ne plaident pas en la faveur de votre opinion en général. Nous avons pour politique de ne pas diffuser de tels messages qui n’honorent pas leurs auteurs. J’ajouterai que Jean Valjean est un homme repenti, appaisé, qui connaît finalement la réussite, la cultive et la met au service d’un idéal.