J’ai lu, il y a quelques jours, un article intéressant sur la tendance de long terme dans l’informatique et l’ingénierie en général. Ce papier faisait apparaître un manque d’ingénieurs, quelle que soit la qualité de la conjoncture économique. Ce déficit humain deviendrait même extrême si une tendance économique favorable de long terme venait à voir le jour.
Pourquoi ? Je pense qu’il va falloir regarder de deux côtés pour trouver une explication valable :
1. Les modes éducatives : la vague du « tout ingénieur » est désormais loin derrière nous et l’Europe a formé beaucoup plus de gestionnaires que de scientifiques dans les 20 dernières années. Cette tendance me semble s’amplifier en continu depuis les années 90.
2. La démographie : Les jeunes qui arrivent maintenant sur le marché du travail sont nés entre 1980 et 1985, autrement dit dans la phase active de contraction de la natalité occidentale. L’Europe de l’Est, elle, n’aura pas les moyens de compenser les besoins de l’Ouest. Sa natalité s’est elle aussi très fortement contractée entre 85 et 2000.
La conclusion, en tous cas ce sera celle de Pentalog, c’est que de plus en plus, il faudra se rapprocher des bassins de population ne disposant pas de suffisamment d’emplois : les villes moyennes d’Europe de l’Est, les nouveaux pays émergents disposant d’une filière éducative performante. C’est finalement ce que nous avons fait depuis quelques années pour constituer la liste grandissante de nos collabs.
Par ailleurs, les acteurs de notre marché vont sans doute, comme ils l’ont fait dans les années 95 à 2000, être obligés de structurer, soit sous l’angle du syndicalisme professionnel, soit en direct, de nouvelles capacités de formation… un peu comme Pentalog le fait avec sa pépinière (ce doc est en roumain, mais c’est compréhensible pour des français)… qui a formé une bonne vingtaine de jeunes dans sa première année d’existence.
Le problème que nous risquons de rencontrer, à la différence des années 90, c’est que désormais, nous ne pourrons plus compter sur les autres filières scientifiques (physique, math, biologie), car même elles tournent à vide aujourd’hui. Non, je crains fort que nous ne soyons obligés, en tous cas en France, de devoir faire appel nous seulement à des ingénieurs ou scientifiques non-francophones, mais aussi à des non-scientifiques… de bien beaux enjeux et défis pour les spécialistes de la formation et les recruteurs.

























Commentaires sur cette entrée :
Bonjour
Alors j’ai tendance à penser que votre analyse va bien dans le sens de l’objet de votre entreprise, c’est très louable, même si au final on a l’impression que la démarche a été réalisée à l’envers.
Il est vrai qu’il est très rassurant de créer une société qui fait de l’offshore et la justifier par une analyse.
En revanche là ou je n’adhère pas c’est que parmi les arguments cités vous parlez bien des problèmes économiques, éducatifs, démographique..
Mais l’un des problèmes majeurs est simplement oublié. Le problème humain.
Je m’explique. Les traditions installées dans le service depuis une ou deux décennies, ont tendance à faire passer l’ingénieur pour une ressource dépourvue d’aspirations personnelle et dévoué corps et âme à son travail.
Ajoutons à cela que les budgets sont tenus par des économistes voire de comptables qui n’entendent rien à l’utilité réelle de ce qu’ils payent. Ceci entraîne deux problèmes majeurs. Tout d’abord le salaire réel de l’ingénieur ramené aux nombre d’heures réelles qu’il effectue, est assez loin du taux horaire explicité sur sa fiche de paye. Ensuite vient le problème du référencement. En effet il est courant de constater chez les entreprises clientes, des ingénieurs (ou consultants), salariés d’une SSII qui n’est pas le fournisseur officiel du client (j’ai connu un consultant indépendant qui travaillait dans un bureau à côté du mien dont le contrat passait par 2 SSII l’une a la suite de l’autre).
J’ai tendance à penser que cette logique génère des marges en série qui font que l’ingénieur moyen est non pas « absent », mais trop cher.
Revenons maintenant sur le côté humain de cet ingénieur. Cet homme a une famille, des enfants, et à cause de son boulot, très peu de temps pour les voir. Il préfererait sans doute effectuer son boulot pour un prix honnête, et avoir plus de temps libre. Il sent qu’il a été la vache à lait des marchands de viande humaine du sentier, et là il en a marre. Un de mes amis a pour projet d’ouvrir une crêperie en Nouvelle Zélande, tout mon réseau d’ami ne parle de que décroissance (downsizing).
Alors oui, pour trouver de l’ingénieur au prix ou le veulent les capitaines d’industries, il faut aller les chercher en Chine ou en Roumanie.
Mais pitié arrêtez de dire qu’il n’y a pas d’ingénieurs… Il n’y a peut-être (seulement) pas d’ingénieurs qui veulent bosser dans ces conditions.. Qu’en pensez vous ?
Vous savez, je n’aurai pas l’orgueil démesuré de coire que nous créons des besoins, et il me semblerait bien risqué de créer des entreprises réunissant plusieurs dizaines d’actionnaires et centaines de salariés pour avoir le plaisir dejustifier une politique plus tard.
Ce que j’ai dit dans ce billet et que je ressens un peu plus profondément chaque jour en ce moment, c’est que pendant très longtemps, nous avons répondu à des besoins de réduction des coûts de nos clients.
Mais je remarque, que nous répondons aussi, depuis quelques mois, à des besoins de capacités (particulièrement dans l’indus, il est vrai). J’ai demandé à mes clients pourquoi. Ils m’ont répondu simplement qu’ils ne trouvent pas de ressources humaines en quantité suffisantes en ingénierie. Le problème touche aussi les SI en Allemagne (où nous sommes implantés).
Et puis regardez la démographie universitaire… vous verrez que le renouvellement des générations d’ingénieurs n’est pas assuré… au moment même où l’on met des puces partout, où votre voiture vous parle, et que bientôt, même nos fringues seront intelligentes.
Je peux assurer qu’il est impossible de pourvoir les besoins des industries françaises et allemandes en logiciels embarqués avec les quelques milliers d’étudiants que sortent de nos facs et de nos écoles.
Les cas “de situation commerciale que vous décrivez, je les connais. Il est interdit à Pentalog de pratiquer la sous-traitance à plus de un niveau. Je partage votre avis. des gens abandonnent le métier… celà aggrave le problème. Mais encore une fois vérifiez et vous verrez que le nombre d’ingé en formation est en chute libre à l’heure du plus grands besoin de déploiement techno que nous ayons jamais connu.