J’avais promis la suite et la fin de la trilogie consacrée aux concurrents de Pentalog. Il s’agit cette fois du volet commercial. Eh bien là encore, ce n’est pas simple. Comment répondre à une telle question lorsque nous travaillons pour des clients dont le siège est potentiellement distant de plusieurs centaines, voire milliers de kms de notre siège ? Le client qui nous consulte peut tout aussi bien interroger la Chine, l’Inde, le Maghreb ou en Europe de l’Est. Après tout, il en a le choix. Il m’est donc relativement difficile de donner des noms de compagnie, car bien souvent, nous ne les rencontrons qu’une seule fois sur notre route. Il y en a pourtant quelques uns que nous avons croisés 2 à 3 fois. Alors quelle est la logique tectonique du marché offshore ? Je crois qu’elle réagit à 3 sollicitations :
1. Une sollicitation culturelle. Le client est-il, personnellement, intimement, africain, européen ou asiatique ? Pas évident, ça. Car la culture dont je parle peut tout aussi bien être celle d’un individu ou celle d’une entreprise. Le plus souvent il s’agit de celle d’un individu appartenant à une entreprise. Très, très très régulièrement, j’ai vu des décideurs d’entreprise s’affronter sur le choix de leur destination offshore. L’un se considérant comme absolument européen, le deuxième ayant des origines nord africaine ou asiatique et le troisième rappelant que l’entreprise et la clientèle se définissent comme plutôt occidentales ou plutôt asiatiques. Super simple ! Nous avons alors très largement affaire à des pré-supposés, la plupart du temps non vérifiés, sur telle ou telle zone. « Je ne travaillerai pas avec les roumains, ce sont de voleurs de poules », « au Maghreb jamais ! Ces gens là ne savent pas bosser ! » Même dans les grands groupes, ça arrive. On est parfois à la limite du racisme.
2. les clients réagissent aussi au prix ! Non sans blague ?! Et les prix ont aussi une logique continentale, voire géopolitique, particulière. Je cite : « L’inde, la Chine, le Vietnam, et toute la zone dollar, c’est moins cher ! » Je peux vous assurer pour avoir parcouru le monde pas mal de fois à la recherche de spots offshore, que ce n’est vraiment pas aussi simple que ça ! Mais ce n’est pas totalement faux non plus.
3. un vrai benchmark, basé sur la stratégie d’entreprise, la proximité intellectuelle entre le shore et les clients et même les clients du client. Viennent aussi parmi les critères d’une analyse détaillée le décalage horaire, les risques monétaires, l’analyse de l’inflation et de l’économie du pays shore, l’analyse des capacités de formation dans le pays, le nombre de jours de fermeture des aéroports, le nombre d’alertes cycloniques annuelles… J’oubliais un critère très important : la langue de travail ! Bref, commencez par regardez « Le dessous des cartes » sur Arte !
Le plus triste, c’est que nos interlocuteurs sont la plupart du temps assez paresseux intellectuellement. Ils en restent généralement aux stades 1 et 2, ceux de l’épiderme et du « on m’a dit que… ». Autrement dit, la plupart du temps, quand un client nous consulte, c’est sur une idée préconçue, bien souvent assez fausse, et un tarif supposé. Le client n’interroge ainsi des entreprises qui n’appartiennent qu’à une seule zone géographique. Ce qui fait que les Est-européens se battent avec les Est-européens, les magrébins avec les magrébins et les indiens avec les indiens. Sur les marchés français et allemands, que je connais le mieux, le fait d’être Est-européen reste un atout très déterminant. Nos confrontations avec l’Inde, sans doute 5 ou 6 fois, ont TOUTES tourné à notre avantage. Ni le Maroc, ni la Tunisie ne nous ont jamais pris un dossier à ce jour (une dizaine de confrontation sans doute). Cela fait finalement assez peu de matches, hors Europe de l’Est, en 9 ans d’offshore, tout de même, et environ 50 clients gagnés. Moins d’un tiers se sont donc déroulés dans une vraie compétition mondiale. Je note toutefois que nous avons de plus en plus souvent affaire à la Tunisie et qu’il s’agit en général d’une concurrence sérieuse. Finalement, nous n’avons perdu que très rarement, peut-être 3 fois, face à des roumains et des polonais.
Alors, qui seraient nos concurrents les plus performants, dans l’absolu ? Finalement, et de mon point de vue, modeste
, je n’identifie, en nearshore européen, que deux entreprises à notre niveau… mais elles ne prospectent pas la France ! Leur territoire, c’est les îles britanniques, l’Allemagne et les US. Ça m’ennuierais de vous donner leur nom… Tiens, ma transparence a des limites ! Appelez-moi, je vous dirai.
Les offshorers de culture française sont en général assez inadaptés à l’organisation des projets offshore : peu d’importance accordée à la démarche qualité (je pense qu’il n’y a pas un offshorer français sur 2 qui démarre son projet par un PAQ), exigence commerciale trop faible… ceci les conduit trop souvent vers de turn over élevés et des échecs trop nombreux. En Roumanie, seulement 3 entreprises dirigées par des français ont dépassé les 100 collaborateurs.
C’est, je crois, ce qui fait que nous gagnons toujours nos grosses compétitions (plus de 1000j/homme) dès que la francophonie est une clef. Car très peu de concurrents francophones, peut-être même aucun, réunissent une vraie Direction Qualité, un Data Center parisien disposant de 100Mb de débit et d’une équipe support technique (admin, DBA, Telecom), de quatorze collaborateurs mobilisés H24, une redondance totale de l’ensemble des réseaux, un service recrutement de 13 personnes full time. Il ne suffit pas d’avoir 150 collabs pour monter des équipes de 30 personnes pour un client. Il faut des structures qui rassurent et qui ont du répondant. C’est en général là-dessus que nous faisons la différence, y compris maintenant sur le marché allemand qui est peut-être le plus exigeant du monde. Ça paraît un peu prétentieux. Mais c’est le prix à payer pour passer des affaires en centaines de milliers d’euros aux affaires en millions d’euros (nous n’en avons pas tant que ça et apprécions toujours les affaires en centaines de milliers
).
Alors, bien sûr, il y a une entreprise, créée en Roumanie par l’un des pionniers français de l’offshore, et que je respecte, malgré tout ce qui se dit du caractère de son dirigeant (je n’ai pas toujours bon caractère non plus), à laquelle pense déjà les spécialistes. Sommes-nous parfois concurrents ? Oui, nous l’avons été, à ma connaissance, car on ne le sait pas toujours, 5 fois : dans une filiale d’Orange (Pentalog a gagné), dans une ex start up du Sud de la France (Pentalog a gagné), dans une grande banque roumaine (environ 5 fois, 100% de succès pour Pentalog), chez Orange ro (Pentalog a gagné), dans un groupe industriel suisse (en 2004, ils ont gagné car nous n’étions pas prêts à monter un plateau de 30 personnes à l’époque). Mais ces confrontations deviennent moins nombreuses en offshore, du fait de leur focalisation accrue sur le marché intérieur roumain.
En conclusion, nos concurrents Est-européens sur le marché allemand et américain sont globalement plus affutés et redoutables que ceux que nous rencontrons en France. Allez, je le dis ! Je pense à IQuest pour l’Allemagne (250 collabs dont 200 en Roumanie), Endava pour le UK, qui compte environ 450 collabs. Imaginez un peu la réunion de ces 2 là et de Pentalog ! Ça aurait de l’allure et je ne sais pas quel pure player pourrait se mettre en face aujourd’hui en Europe. Les trois entreprises partagent un très haut niveau d’organisation et un souci absolu de la VRAIE performance économique.
Nous continuons notre chemin avec le Vietnam, devenant ainsi le seul pure player à capitaux et management européen à proposer tout à la fois du nearshore européen et de l’offshore asiatique. Notre objectif est simple : Nous sommes l’une des 30 premières structures de nearshore européen et nous voulons maintenant rentrer dans le top 5. Il nous faudrait, aujourd’hui entre 1000 et 1500 collaborateurs. Que de route à parcourir encore !

























Commentaires sur cette entrée :
Chào ông Fred,
Cám ơn, merci pour ce travail remarquable,
A biêntôt,
DB
Merci aussi pour ce très bel exercice.
Petite question : suivant de prêt les SSII française il apparait que la SSII à la française (Ingénieur en CDI placés en régie) aura du mal a survivre à la crise : les marge trop réduite pour que le modèle fonctionne.
Quel modèle d’après toi pourrait émerger :
- des SSII avec des consultant en freelance ?
- des société étrangère qui font venir des ingénieur en mission
(sachant que je parle des mission de conseil nécessitant la présence sur place de la ressource)
Bonjour Laurent,
Il n’est pas facile de répondre à ta question, car, malgré la succession des crises, en 92, 2001 et maintenant, la prestation en régie classique continue d’exister.
Je vois toutefois, dans l’offshore, comme au niveau local, de nouveaux modes d’organisations prendre le dessus sur la régie à Papa :
1. L’engagement de délais. Qu’il s’agisse d’une TMA ou d’un dev from scratch, le presta s’engage sur le délais mais pas sur les moyens mis en oeuvre (ac des limites toutefois).
2. L’équipe dédiée, à format fixe, travaillant sur des métriques standardisées, avec des notions de bonus/malus sur les délais issus des métriques partagés entre client et fournisseur. Là, on est chez les vrais pros.
3. Le forfait classique. Le bonus-malus, là aussi, se développe.
Les engagements en régie simple ont réellement tendance à diminuer chez les clients. Ils restent en revanche majoritaires chez les SSII sous traitantes des grandes. Elles travaillent effectivement à marge réduite (très) et cette période devrait en éliminer un certain nombre (celles qui ont trop peu de clients).
Je pense que le freelance ne plaît décidément pas aux français, même si, me semble-t-il, ce modèle est celui qui repartirait la marge et les risques de la manière la plus équitable.
Les petites SSII, sous-traitant de sous-traitant, n’ont aucun apport dans l’éco-système de la production logicielle… en revanche, elles génèrent un niveau de structure inutile à l’époque du web et des places de marché.
Je pense que ceux qui ne savent effectivement pas contractualiser et évaluer vont connaître des jours difficiles.
Le modèle du détachement, lui, pose des problèmes. Il y en a. J’en connais, du Maroc d’ailleurs, qui ne respectent pas du tout les lois en vigueur. L’état français n’a pas été trop regardant récemment du fait de la pénurie passée. Attention toutefois si le chomage monte.
De notre côté, nous avons, je crois, 5 personnes détachées de Ro en France à ce jour. Il s’agit pour nous plutôt d’habituer des collabs à la relation client dans le cadre de leur évolution.
Mais les cadres légaux sont strictes et doivent concerner des réalisations précises dans le cadre desquelles le détachement est nécessaire… donc un forfait.
Toutes les personnes détachées en France, hors du cadre d’un contrat forfaitaire sont, formellement, dans l’illégalité.
Les clients n’ont pas toujours conscience qu’ils seront responsable en dernière analyse car c’est pour eux, et dans leur locaux, que la main d’oeuvre est détachée.
Il existe toutefois une alternative. Elle consiste à recourrir au travail intérimaire avec une société ressortissante d’un état de l’Union Européenne. Mais attention, cette société, pour avoir la possibilité de détacher ses intérimaires en France, doit disposer d’activités supérieures dans son pays d’origine.
Personnellement, je n’ai connu qu’un cas de ce genre.
@Fred
Merci pour cette longue réponse …
> Elle consiste à recourrir au travail
> intérimaire avec une société ressortissante
> d’un état de l’Union Européenne.
> Mais attention, cette société, pour avoir la
> possibilité de détacher ses intérimaires en
> France, doit disposer d’activités
> supérieures dans son pays d’origine.
C’est peut être quelque chose qui pourrait se développer dans les prochaine années.
Un copain dirigeant de SSII parisienne m’expliquait hier que le grand compte bancaire avec lequel il travaillait lui avait imposé 6% de réduction des prix de prestation sur 2009. Dans ces conditions il devrait mettre la clef sous la porte ou trouver d’autres alternatives … c’est pour cela que je pense que cela pourrait faire émerger un nouveau modèle. Celui que tu décrit me semble tenir la route …
Je crois aussi que pour beaucoup de ceux qui ont encore recours à la régie classique, l’autre solution est de mettre en place des équipes dédiées nearshore entre 150 et 200€/j et de les faire piloter par un ou plusieurs très bons “pivots”, mobiles, issus par exemple de l’ancienne équipe.
Il ne tient bien souvent aux SSII que de le proposer ou aux clients de le demander.
article complémentaire :
http://www.lemagit.fr/article/ssii-infogerance-syntec-integration-regie/2244/1/ssii-coup-arret-sur-regie-integration-outsourcing
-entretient-espoir/
Bravo pour cet article intelligent, « of course », comme il se doit, une telle appréciation suppose un mais…
Bien sur les clients réagissent avec leurs convictions, et les préjugés restent un des moteurs des décisions dans ce domaine, c’est vrai !
mais l’article ne montre pas les mécanismes qui contrebalancent ces tendances, et qui permettent à un décideur d’éviter cet écueil.
Je relève a priori 4 mécanismes « lourds » qui permettent aux décideurs de contrer la dysfonction « naturelle » notée dans l’artiche
1) Pour les grands comptes, le choix des pays offshores est toujours très directement lié a leurs implantations industrielles : global sourcing oblige !
2) Depuis 5 ans et plus, (date du décollage offshore en France) la dispersion des prix, des puissances fournisseurs, de leur scopes techniques ont permis de savoir ou et quand confier tel ou tel projet pour le meilleur profit de la société (les règles de bestshore – right shore sont à la mode)
3) Peu de décisions de ce type sont réalisées sans croisement par les décideurs : ceux ci croisent régulièrement leurs avis par des réunions de benchmarking sectoriels, ou par consultation avec les organisations adéquates (Cigref, Coface et autres), voire avec la presse et les interview des SSII partenaires.
4) Enfin, aujourd’hui les SSII et intégrateurs majeurs français ont tous intégré la dimension offshore et sont en mesure d’influer sur les décideurs IT des sociétés (le syndrome du « CIO choississant IBM » peut s’appliquer pour les “offshorers” mondiaux ! Quel CIO ne connait pas les top 5 indiens (..et les déboires de certains)…
Pour ce point, la dernière publication IDC €OA de décembre 08 (Pascal Vendryes) met assez bien en évidence les tendances et les choix des lieux offshore, et son article montre que les destinations sont assez sectoriellement orientées.
Concernant les coûts de la régie (et le droit) ne permettent plus de maintenir ce type de prestation en France, mais il est certain qu’une organisation de type ODC avec des développeurs dédiés sont une solution tentantes pour certaines sociétés occidentales, et je rejoins alors les propos de l’article : il arrive que des choix soient faits de façon communautaire par relation personnelle, mais rarement pour des choix lourds ! Les différences de tailles et de capacités sont souvent discriminantes : inutile de comparer une société offshore roumaine avec Infosys ou Tata ou IBM ou Accenture ou Logica ou Teamlog ou Pentalog ou….
Enfin, s’il est vrai que les pivots locaux permettent d’obtenir des coûts intéressants, il n’en demeure pas moins qu’ils nécessitent un investissement interne, une organisation et l’introduction de nouveaux acteurs internes qui peuvent effrayer un CIO.
Enfin, face a ces problème de choix et pour éviter les risques trop, beaucoup de décideurs préfèrent s’en remettre à leur prestataire habituel, en le chargeant de présenter une offre offshore alternative, mais avec un cout moindre à la solution traditionnelle.
Daniel Parmentelot
J’ai beaucoup aimé votre réponse… je vais même vais la reposter en “une”, ce que je ne fais qu’exceptionnellement
Votre réponse reprend en fait un développement de mon point 3. J’étais toute cette fin de semaine avec notre plus gros client allemand (le plus gros billing system telecom européen) et il m’a présenté le résultat de la scorecard qu’il avait établi ên septembre et qui a conduit à nous choisir. Il s’agit d’une opération qui va mobiliser au moins 27 personnes sur au mois 3 ans. Il est certain que sa démarche correspondait plus au raisonnement que vous conduisez ici.
Sa Score card ressemblait, aux spécificités près de la relation client fournisseur, à celle que nous établissons nous au moment du choix d’une nouvelle ville d’implantation (car finalement, ce n’est pas des pays que nous choisissons, mais des villes).
Merci encore de votre réponse.