La vitesse à laquelle va le monde est stupéfiante. Il y a quelques semaines, je me fourvoyais dans une analyse politico-économique du monde émergent. Peut-être me suis-je trompé ? Quoi qu’il en soit les tragiques événements de Tunisie, où des gens meurent aujourd’hui remettent en perspective ce vieux critère géopolitique, voire géostratégique. Et les wikileaks ? Ne doit-on pas craindre que le modèle concernera tôt ou tard les entreprises internationales, qui vivent très souvent dans une culture du secret et des manœuvres politiques que n’aurait pas renié le politburo ?
Toutes les peurs se réveillent :
1. La peur du pillage technologique
J’en veux pour preuve les discours nombreux et alarmistes sur les risques inhérents au transfert de technologie. L’état tape sur les doigts de Renault (lui-même pris au piège d’un sous-traitant chinois), tandis que ces jours-ci, l’armée chinoise réalisait les premier vols de son chasseur bombardier furtif ( !), ce qui ne manque pas d’alimenter des craintes justifiées sur le niveau atteint par la R&D chinoise. Après tout, le Rafale a fait son premier vol autour de 1990 si ma mémoire est bonne. Pas de doute que les volumineux contrats d’offset (compensation), dans l’armement et l’aéronautique civile transfèrent, au sens le plus strict, des savoirs élaborés pendant des décennies et permettent à ceux qui en bénéficient d’incroyables raccourcis sur le chemin du progrès technologique. Certes, les offsets n’ont pas grand-chose à voir avec l’offshore… qui lui s’effectue en parallèle. La compétition est telle pour vendre un avion que les industriels vont de plus en plus loin pour chercher des sous traitances, voir des sous-ensembles, de plus en plus complexe. Le résultat ne s’analyse-t-il pas aujourd’hui dans l’apparition et l’essort d’Embraer, du C919 chinois ou du 100 places russe ? Quoi qu’il en soit, après avoir réduit les coûts, les avionneurs vont devoir maintenant partager leurs bénéfices. Louis Gallois rappelait aujourd’hui dans la presse que le marché mondial des 100-200 places ne pourrait supporter les 6 compétiteurs que l’on voit se profiler aujourd’hui.
Le Renault Gate, quant à lui, ne sera probablement pas le dernier. La culture de la relation d’affaire n’a pas la même maturité dans certaines zones et les jugements des tribunaux locaux relativement aux transgressions de clauses de confidentialité tournent pratiquement dans 100% des cas à la relaxe du salarié fautif. Les groupes internationaux n’ont pour l’instant presqu’aucune prise de ce côté-là.
2.Les risques d’instabilité
Les tensions régionales en extrême orient, les, dans le monde arabo-musulmans et en Afrique posent des questions à quiconque envisage l’établissement de partenariats durables.
Les violences en Egypte, contre les chrétiens, les événements d’Algérie et de Tunisie, au Niger ou en Côte d’Ivoire, tout ça ne plaide pas en la faveur de l’externalisation des services au Maghreb et en Afrique de l’Ouest. Dans certaines zones et lorsque les conditions deviennent difficiles, les passages de douane peuvent devenir quasiment infranchissables pour les équipements technologiques… sauf à y laisser une enveloppe plus ou moins conséquente. Pentalog a vécu cela une fois, en Moldavie, il y a deux ans. Les événements n’y ont duré que quelques jours mais tout devient alors beaucoup plus compliqué. Nous n’avons du faire face qu’à moins d’une heure de coupure électrique et quelques heures, tout au plus, de l’internet. Le pouvoir interminable, en Tunisie, en Lybie et en Egypte, de vieux présidents affaiblis, pourrait déclencher des scenarii complexes se propageant dans toute la zone. Quid de la Lybie ? Les USA ne tenteront-ils pas un coût pour pousser le vieux dictateur dans l’escalier de l’histoire ? L’Algérie, avec ses généraux, ses islamistes, son pétrole et son vieux président laissera-t-elle insensible l’Oncle Sam ? Dans ce contexte, la cote du Maroc, la seule monarchie de l’Afrique du Nord, vient de remonter, pas de doute. Mais attention, lui non plus n’est pas 100% à l’abri des formidables intérêts qui semblent attirer en Afrique du Nord Ouest, les islamistes du monde entier, l’armée française, les chinois… et les américains qui eux n’attendent qu’une défaillance des français.
3. Le critère de légalité
Les questions de circulation des hommes, des biens et des équipements au sein de l’UE plaident en faveur d’un nearshoring européen. Je l’ai déjà écrit, à plusieurs reprises.
Mais ce critère, auquel on pense en premier, n’est pas le seul ! Même la fiscalité européenne est politique ! Alors que les opérations de R&D explosent à Pentalog, la demande des entreprises françaises pour des prestations agréées CIR devient conséquente et disqualifie l’avantage compétitif (prix) de certaines zones hors Espace Economique Européen. Dans certaines spécialités, il nous arrive d’être moins chers en Roumanie qu’au Vietnam, perturbant un peu tout de même notre stratégie… mais précisément, c’est fait pour ça.
C’est finalement à chaque client ou investisseur dans l’offshore de faire le tri de ses contraintes, de ses besoins et de ses ambitions en termes de réduction de coûts. L’année 2011 sera celle de l’Europe de l’Est en France, j’en suis pratiquement sûr. C’est d’ailleurs elle qui connaît le plus grand boom aujourd’hui, loin devant les autres zones. L’inde recule clairement, la chine explose. Mon best shore reste la Roumanie, un peu devant la Bulgarie, la Pologne et la Hongrie venant immédiatement après. Je place donc clairement l’UE en tête. Hors de ses frontières, et s’il est possible de travailler en anglais, l’ensemble de l’ex bloc soviétique se détache, Russie devant, suivie de la Bielorussie, de l’Ukraine et de la Moldavie. En extrême orient, l’Inde me paraît moins que jamais la solution pour les entreprises françaises. Ses tarifs sont élevés et les prestations doivent être pratiquement aussi « accompagnées » qu’en Chine ou au Vietnam. Avantage donc à ces deux derniers qui pour l’instant restent par ailleurs particulièrement stables.

























Commentaires sur cette entrée :
Je crois que nous sommes dans un monde sous tension, avec un vrai changement de paradigme dans les modes d’influence, dans la diffusion de l’info, etc… Ceci aboutit forcément sur des tensions géopolitiques fortes, et on en a encore pour q…uelques temps…
Je pense que tu as raison de continuer à miser sur le nearshore. Nous sommes chez BioChemics en train de monter des scénarii qui vont dans le même sens, en dérivant quelque peu ton principe de “right cost” dans le domaine des sciences de la vie…
L’offshore, je pense que tu as raison de mettre la Chine et le VietNam devant l’Inde, mais j’aurais tendance à mettre le VietNam loin devant la Chine (toi aussi je suppose, puisque c’est au VietNam qu’est implanté Pentalog et non en Chine). Je pense que le risque géopolitique va aller en augmentant sur la Chine…
Quant à la peur du pillage techno, je sui convaincu qu’il sera de plus en plus complexe de se protéger en terme de IP. Il va falloir être de plus en plus agile, réactif, modulable, adaptable pour faire face aux défis d’avenir. Je crois de plus en plus en l’avenir de petites business units agiles, face aux mastodontes…
Bref, rien de très nouveau sous le soleil… lol
Pfff, y a des leads qu’on aimerait mieux ne pas recevoir. Aujourd’hui, nous avons été contactés par deux boites ayant délocalisés des services sensibles en Tunisie. Les deux dernières semaines ont du être vraiment éprouvantes car ils semblent vraiment décidés à interrompre leurs projets là-bas.
Le pillage technologique a d’abord du sens dans les pays ayant aujourd’hui une prétention à devenir des acteurs de premiers plans, quel que soit le secteur considéré. C’est en ce sens qu’il n’est pas surprenenant que le problème de Renault se soit produit en Chine.
Plus que jamais, j’ai envie d’aller faire un tour en Afrique du Nord, mais pour plus tard. Aujourd’hui les écarts de prix avec mes concurrents sérieux sonti nsignifiants et le cadre tellement moins favorable.