L’Europe est une femme comme les autres. Elle semble pouvoir mourir d’une crise financière comme d’autre meurt d’une crise d’asthme. Qui parle de voir disparaître les USA ou le Japon ? Qui parle même de voir disparaître la France ou l’Allemagne ? Non, la seule victime désignée, c’est l’Europe et surtout l’Euro. Cela n’a pourtant absolument aucun sens. Au cœur de cette crise ans précédent, il cote à 1,23$ ces derniers jours, c’est-à-dire à 5% au dessus de son cours de lancement en 2002 ! Descendrait-il à 0,8, comme il l’a déjà fait il ya quelques années, que je n’en ressentirais aucun danger. Je suis un actif, un créateur, pas un rentier. Quant à Pentalog, majoritairement exposé à l’euro, sa compétitivité monte face à nos concurrents indiens.
Comment la désintégration de l’Euro, symbole ultime d’une union en construction, n’entraînerait-elle pas la désintégration de l’Europe ? Si nous en arrivons là, ce sera en raison de défauts de remboursement des dettes souveraines et corolairement du manque de solidarité financière. Nous pourrions ainsi nous trouver en 2015 dans une situation très proche de celle de 1918, avec des états endettés (soit de dettes de guerre, soit d’emprunts nationaux, tels que l’emprunt russe), qui perdent le respect des nations créancières. Il n’en faut pas beaucoup plus que cela pour titiller les nationalismes.
Loin de moi l’idée du scénario catastrophe. Il n’y aura pas de guerre entre la France et l’Allemagne à l’issue de cette crise là ! Mais nous pourrions nous réveiller aussi dépourvus de framework européen que dans la première moitié du 20è siècle. Personnellement, ça me fait froid dans le dos et cela se traduirait nécessairement par un désastre économique. Nos économies, les appareils de productions, les entreprises mais aussi les universités sont conçus pour ce framework européen.
Je n’y crois pas. Cette crise ne vaut pas que l’on casse l’Europe. La baisse de l’Euro, malheureusement pas coordonnée par les membres de l’Eurogroupe, n’en est pas moins une formidable opportunité pour les grands équilibres économiques. Elle nous amène une dévaluation compétitive à moindre coût, soutenant nos exports. La conséquence est peut-être aussi une certaine inflation… laquelle est une formidable machine à effacer la dette. Ce que les politiques européens n’ont pas su faire est aujourd’hui déclenché par les marchés. L’impuissance du politique fait peine à voir, particulièrement au moment où il promet de rénover le capitalisme financier.
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Commentaires sur cette entrée :
Oui à une nuance près, ce n’est pas tant la baisse de l’euro qui est en cause que la vitesse de la chute. Depuis la création de l’euro, la seule période comparable à ce mai 2010 en terme de chute sur EURUSD, c’est octobre 2008, en pleine crise Lehman & Cie.
Sur l’impuissance politique, même si c’est très à la mode en ce moment de taper sur l’Outre-Rhin, il faut bien reconnaître que si notre chère Angela avait voulu jouer contre le camp européen, elle aurait difficilement pu faire mieux… Pour un résultat nul aux élections, tout à fait prévisible.
Angie est alignée sur le standard de médiocrité des dirigeants européens. Personne à admirer depuis 20 ans. Elle y ajoute un petit soupçon de britannisme assez novateur et tout à fait étonnant pour un expert comptable de province.
Fred,
Je suis 100% d’accord avec toi… Cette crise ne vaut pas l’explosion de l’euro ni de l’Europe…. Par contre, en effet, on relance les exportations, et on va aller vers de l’inflation….
J’avais fait un article voici quelques mois dans lequel j’expliquais que, pour moi, la façon la plus crédible de réduire les dettes était de passer par une phase d’inflation, voire d’hyperinflation, avec un euro faible….
Au niveau politique, je t’accorde que nous n’avons pas aujourd’hui en Europe des dirigeants qui ont les “couilles” de compromettre leurs propres petits avenirs personnels pour prendre des décisions impopulaires bien que nécessaires au fonctionnement de nos nations…. Par contre, quand je pense aux “plus faibles”, ceux qui rament déjà, je me dis que ça vrisque bien d’être encore pire pour eux dans les mois et années à venir….
@Johann Tu as raison pour ceux qui triment et sui souffrent.
D’autant plus que moi qui trime et ne souffre pas, je sais que je ne resterai pas résident dans un pays qui ne prendrait pas de mesures pour stopper le délire de la dette publique que les gens sérieux dénoncent depuis 20 ans. Au moment ou la confiance fait défaut, nous sommes nombreux à considérer ce moment comme l’heure de vérité pour la société politique française.
Pendant des années, j’ai fait le choix de demeurer résident français, alors que je pouvais partir. La réalité de mon entreprise est à l’internationale, de mes intérets, nos ventes sont réalisées à 50% hors de France aujourd’hui et ce chiffre ne cesse de grandir. Il y a bien lontemps que je passe plus de 50% de mon temps hors de France. C’était un CHOIX de payer plus en France.Beaucoup m’ont dit clairement que j’étais fou. Je me demande aujourd’hui s’ils n’avaient pas raison.
J’ai vu mourrir l’édition de logiciels française en pleine explosion de l’économie de la connaissance et de l’information. Je ne veux pas que mon groupa soit victime du même aveugement collectif. Aujourd’hui, 40% des bénéfices de Pentalog sont remontés et fiscalisés en France, j’atteinds personnellement un taux de 70% de prélévements obligatoires et j’entends que le délire va se poursuivre. Je suis dans la liste de ceux qui doivent payer plus. Pourquoi ne pas taper sur les rentier des lois de défiscalisation, plutôt que sur les créateurs de richesses ? Pourquoi ne pas taper sur les héritages, comme on le fait aux US ?
La protection des intérêts de mes amis salariés et associés, de mon patrimoine, de la stratégie de notre compagnie, me recommande aujourd’hui de mettre clairement la question de notre avenir en France sur la table.
A titre personnelle, la question est ouverte. J’ai compris que le gouvernement ne fera qu’un saut de puce sur les retraites. J’ai compris qu’il y aura alternance et que le PS veut laisser les retraites s’enliser dans un système mis au point il y a 50 ans, revisité il y a 30 ans et conçu sur le même système que la pyramide de Madoff.
Je réfléchis. C’est dur. J’ai fait le choix de payer plus, contrairement à tous les chasseurs de niches fiscales de l’écologie, de l’héritage, de la donation à enfants sage, du troisième enfant, de l’appartement au Mans et à la Martinique… Et je ne sais plus si cela avait un sens.
A lire tous ces commentaires, il est clair qu’on n’en est pas sortis (du mois l’europe). On en reste à un discours d’europe de nations et non porté au niveau de l’Europe. Si l’euro (et l’europe) est attaqué, c’est que certains ont un intérêt à l’attaquer. N’oublions pas qu’en finance, une tendance baissière peut faire gagner des millions (lliards) à certains et que l’attaque d’une monnaie est un acte de guerre économico-politique.
Cependant, nous nous trouvons aussi confrontés aux carences de notre Europe: pas de possibilité de décision. Le rejet de la constitution a été certainement le levier qui a permis cette attaque en laissant les institutions européennes entravées.
Et quand on entend certains hommes politiques, en Europe ou ailleurs (au FMI par exemple), on se rend compte rapidement qu’ils oublient (mais ils ont oublié depuis longtemps) que l’europe c’est aussi des européens, pas seulement des institutions. Tant que l’Europe se contentera de légiférer sur la taille de la rondelle de saucisson, et sur l’éventuel avantage concurrentiel du statut public de la SNCF, tant qu’elle favorisera l’industrialisation de la nourriture au détriment des producteurs de produits de terroirs, tant qu’elle favorisera les éditeurs de logiciels étrangers à l’europe au détriment de ses propres pme, tant qu’elle ne criera pas plus fort que les autres à l’OMC pour rendre coup pour coup aux assauts des pays à bas coûts, alors elle continuera de se tirer des balles dans le pieds avec un flingue américain chargé de balles chinoises ou brésiliennes.
Nous vivons une révoluiton, celle de l’immatérialisation de l’économie, du passage de la monnaie à la connaissance. L’Europe a un potentiel exceptionnel (historique, de recherche, de connaissance, d’organisation, de cultures…) et on ne peut le mettre en oeuvre.
Regard historique, l’Europe s’est mise dans la même incapacité d’action, de part ses statuts et son mode de fonctionnement que la SDN d’avant ‘39.
Il est temps que certains hommes politiques prennent les choses en main et changent ce mode de fonctionnement basé sur l’unanimité (difficilement possible déjà à 7, à 12 inimaginable alors à 27…). Il est temps de colporter la bonne parole européenne aux Européen. Les élections européennes ont (avec les régionales en France, tiens donc) les pires scores quant à l’abstention. Pour changer cela, il faut changer la vision que les Européens ont de cette institution qui nous a évité quand même tant de déboires. Pour commencer à changer cette vision, il faut que l’Europe arrête de se regarder le nombril (ou la rondelle… de saucisson) pour regarder autour d’elle et se protéger, se préparer à être forte dans ce monde qui bascule.
Bon j’arrête, je pourrais écrire encore des dizaines de lignes.