Depuis que nous sommes arrivés en Roumanie, il y a donc 10 ans, nous avons connu de nombreuses évolutions du rapport de forces sur le marché des ressources humaines entre les géants du commerce mondial et les acteurs du service, tels que Pentalog ou les acteurs autochtones.
J’ai parfaitement en mémoire l’arrogance de ces majors, disons, sans les nommer, de l’équipement automobile, allemandes, qui, en achetant les professeurs et tout le corps enseignant d’une ville, étaient capables de recruter des jeunes diplômés par centaines dans leurs centres de développement et n’hésitaient pas à nous menacer quand nous parvenions à en distraire un de leurs filets.
Les crises de ces dernières années qui ont fortement ébranlé le secteur auto (je pense que nous allons connaître une rechute dans les mois qui viennent), mais surtout l’incroyable progression du continent asiatique dans les activités de développement logiciel, sont venus perturber la logique d’investissements que ce secteur avaient initiée en Europe de l’Est. La condition d’équipementier automobile passe OBLIGATOIREMENT par la recherche du niveau de coût le plus bas… lequel ne s’obtient pas en Roumanie aujourd’hui. De fait, le niveau de compétences requis par le développement embarqué dans les productions automobiles est très fortement inférieur à celui que l’on rencontre dans les telecoms, l’industrie aéronautique ou ferroviaire, secteurs qui recrutent aujourd’hui à plein en Roumanie. A titre d’exemple, les centres de développement de cette très grande entreprise allemande, sise dans plusieurs villes de province roumaines, dans lesquelles Pentalog est par ailleurs installé, se retrouvent pris en étau entre la concurrence de proposition de jobs de plus haut niveau technologiques d’une part (entre autre chez Pentalog)… et la concurrence des centres de développements que ce groupe a aussi ouverts en Inde et en Chine.
Le paradigme avait déjà commencé à changer il y a quelques années. Je m’en étais ouvert dans ces colonnes, mais nous disposons aujourd’hui d’une agilité beaucoup plus grande qu’eux, de marges de manœuvre financières beaucoup plus élevées et d’opportunités de projets démultipliées. Le déploiement des équipes de management occidentales de ces entreprises se fait dans des resorts 5 étoiles (voir le célèbre village français du Nord de Bucarest). Elles essayent de répliquer des fonctionnements absolument identiques à leur organisation occidentale, ce qui ne fonctionne pas… leur coût de structures et donc leur overhead explosent.
S’en est arrivé à un tel point que nous sommes passés du stade de la menace, il y a quelques années (« nous sommes puissants dans cette ville et vous allez avoir des ennuis ! » – je repense aussi à cette lettre ridicule en provenance d’Austin-Texas, qui nous menaçait de poursuites MONDIALES, si leurs technologies obsolètes étaient transférées via les personnes que nous leur prenions), aux propositions bienveillantes d’outsourcing d’équipes projet complètes ! Quelle évolution ! Nous avons ainsi été sollicités pour lancer une jolie plateforme de 19 développeurs. Signe des temps ou simple opportunisme alors que nous nous apprêtions à lancer une grosse offensive dans l’effectif de cette société ? Je ne sais pas répondre à cette question. Mais je ne vois pas comment les sites roumains de ces entreprises, pris dans cette tenaille, pourraient ne pas arriver à la conclusion qu’ils doivent absolument faire monter leurs équipes locales au niveau du design des produits et abandonner les développements à des équipes projet adhoc, reposant sur des structures de coût plus compétitives que les leurs et offrant probablement de meilleures conditions financières… C’est à dire tel qu’ils l’ont fait en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord auparavant. Nous verrons, mais je pense effectivement que cette demande répond tout autant à la volonté de parer une menace immédiate venant de Pentalog qu’à une réflexion plus profonde sur le positionnement de ces centres sur la carte mondiale de l’ingénierie.
Si nous signons un jour avec eux, je ne pourrais bien entendu plus jamais m’exprimer sur ce sujet
C’est en tout cas un des thèmes que je vais essayer d’aborder en tant qu’intervenant pour Mac Kinsey vendredi de la semaine prochaine à Bucarest.
Constituez votre propre équipe de développement http://www.jechoisismonprestataireit.com/


























Commentaires sur cette entrée :
Bonjour,
Je ne connais pas bien votre domaine d’activite mais partage votre point de vue sur l’outsourcing en general ….
Sans etre concerne par de quelconques menaces, le fonctionnement interne et les reflexes du passe empechent ou pour le moins freinent le developpement de l’outsourcing.
Je m’occupe aujourd’hui du developpement d’une societe d’expertise comptable et suis effare de voir le nombre de comptables que les entreprises embauchent en interne. La vision sur cette activite n’est pas mondiale mais se pose quand meme la question de la bonne utilisation et de l’optimisation de cette activite. Les entreprises roumaines partent du principe que cela n’est pas une fonction “cher” et prefere conserver en interne sans prendre en compte les problemes de gestion de personnel, de formation, etc etc…
Je pense toutefois que la crise accelere les mentalites et oblige tout le monde a reflechir a d’autres modeles ….
Bon courage dans votre developpement,
Cordialement,
Bonjour Edouard,
Ce que vous décrivez est aussi le cas de Pentalog. Une première expérience d’outsourcing de la comptabilité de Pentalog Roumanie ayant échoué, avec des conséquences graves, nous nous sommes repliés sur nous-mêmes. Le cabinet de Brasov auquel nous faisions appel a été condamné par la justice. Aucune entreprise locale ne semble aujourd’hui relever le défi global d’une entreprise comme Pentalog : exportations, multi-monnaies, incentives complexes, 4 delivery centers sur le territoire roumain, interaction forte avec le site moldave. Il nous aurait fallu un EY à Brasov, et il n’y en a pas.
Nous nous sommes restructurés en internes, avec beaucoup plus de personnel aujourd’hui : plusieurs comptables, une juriste, des admins… Nous département comptable et financier roumain est en ordre de bataille aujourd’hui. Nous ne rebougerons pas facilement. A Bucarest, il existe de meilleures solutions… mais je ne veux pas mettre ce département dans notre agence de Buc.