Cela fait des années que mon entreprise remplit un rôle de pilote de la mondialisation pour de très nombreuses entreprises IT, ou pour des départements IT d’entreprises utilisatrices, jusqu’à devenir l’un des premiers acteurs d’Europe d’une discipline que l’on appelle le plus souvent « offshore et nearshore » . Cette aventure que mes associés et moi-même vivons depuis 10 ans nous a conduits à investir dans 4 villes roumaines, la capitale de la République de Moldavie et celle du Vietnam, pour un total de presque 500 personnes… dont environ 350 ingénieurs. 50% d’entre eux prennent part à la R&D logicielle de nos clients et nous avons déjà une start up roumaine, issue de Pentalog, en incubation.
Tout ça pour vous dire que je ne suis pas de ceux qui croient naïvement, avec une condescendance qui pourrait même être teintée d’un petit soupçon de racisme, que les asiatiques ne sont que des copieurs et que les européens de l’est se complaisent dans la sous-traitance. La vérité est qu’ils ont souvent plus d’ambition que tous les autres, que leurs systèmes de formations évoluent et s’ouvrent très vite à l’international. Les acteurs de référence du logiciel d’analyse graphique, dans les salles de marché, sont aujourd’hui russes, ukrainiens et chinois.
Je crois aussi et j’ai beaucoup écrit là-dessus, que toutes les industries passent par une phase d’industrialisation, laquelle bien entendu, a pour vocation de maintenir les marges, de faire monter la qualité… en même temps que les prix baissent. L’industrie IT a aujourd’hui plus de 50 ans, il est normal et inévitable qu’elle en passe par là et que les développements logiciels arrivent massivement à Bengalore, Bucarest, Hanoi ou Manille.
Ces pays sont-ils sans faiblesse ? Souvent plus libéraux en qui concerne le cadre du travail et la fiscalité, disposant de populations effectivement plus ambitieuses, ils souffrent aussi de nombreux péchés de jeunesse. La productivité est souvent un concept à construire, les soft skills sont très souvent déficientes (gestion d’équipe, connaissances métier, business attitude…). Par ailleurs, les efforts de productivité sont souvent battus en brèche par les attentes salariales que peuvent avoir des pays dont la croissance est comprise entre 5 et 10% l’an. Ces difficultés représentent un fantastique réservoir de jobs et de valeur pour ceux qui voudront bien s’en occuper.
Les acteurs de la formation y trouveront en effet un fantastique appel d’air, mais aussi les spécialistes de la conduite de projet, de l’interface commerciale, ou même de gestion de l’activité. Je crois même que ces nouveaux pays de la scène R&D devront aller tellement vite qu’ils seront particulièrement ouverts à ceux qui voudront bien leur proposer les bonnes prestas… et même les bon produits logiciels.
Pour ma part, mon choix est fait. Notre effectif ouest européen progresse désormais et nous avons effectivement plusieurs concepts logiciels à l’étude pour « mieux exploiter » et mettre en scène une mondialisation obligatoirement collaborative.
Mais les pouvoirs publics sont-ils capables d’entendre un tel discours ? N’y a-t-il pas là de beaux sujets pour nos élèves de Sciences PO ? Pourquoi ne pas mettre en œuvre les formations ad hoc, pourquoi ne pas parler différemment du développement des pays émergents et de concevoir des IT et BPO parcs qui démarrent en nearshore à Orléans et contrôlent des centres de production offshore à Rabat, à Timisoara, à Sofia et à Mumbai ? Les clients seraient dans ce cas aussi bien à Londres, qu’à New York ou à Paris mais les rôles de pilotes et les dividendes économiques reviendraient ainsi à des entreprises françaises.
Est-ce si stupide pour un ex-état colonial, qui sut dans le passé orchestrer une grande part du commerce mondial lorsqu’il s’agissait de matières premières et non de services ? Est-ce si stupide pour un ex-état, champion de l’aide au développement, de participer à l’orchestration de la mondialisation des services, avec des holdings ad hoc et des services commerciaux partout dans le monde ? Ce travail est déjà en marche dans des sociétés comme Accenture, Cap Gemnini ou Infosys. Mais nous pourrions aller résolument plus loin si nous lancions les formations adaptées, intégrant un travail de terrain des missions économiques et du corps diplomatique de la France à l’étranger, pour que ces projets arrivent plus nombreux dans les mains d’entreprises françaises. Qui sait même si que la construction de ces grands centres de services mondiaux ne serait pas intéressante pour des acteurs tels que Bouygues et autres Vinci. Mais il faudrait alors renoncer aux discours démagos, indispensable préambule pour pouvoir être compris tant par les clients que par les pays fournisseurs.

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Commentaires sur cette entrée :
Je ne peux que me réjouir de ce texte, c’est un beau challenge : il s’agit rien moins que de sauver l’Europe, et la France avec. Le seul moyen pour faire avancer ces idées salvatrices, c’est d’agir vers les politiques, de les rencontrer, de déclencher la prise de conscience de la petitesse de nos ambitions internationales. Pour ne prendre que cet exemple, lorsque j’interviens dans les instituts et sections d’universités étrangères qui promeuvent la francophonie technique dans le monde (concept qui va bien au-delà de la langue), je vois les efforts et l’abnégation de ceux qui les animent, et la faiblesse de leurs moyens. Je suis consterné qu’on ne détourne pas un peu des aides que nous distribuons à fonds perdus pour les transformer en un investissement tellement rentable : nous formerions ainsi dans les pays émergents une élite francophile, européophile qui contribuerait au gagnant-gagnant.
Mais, complément obligatoire, il faut en même temps agir auprès des médias pour que cesse la complaisance à l’égard de ceux qui bloquent le pays au nom du Service Public (!), du Principe de Précaution généralisé, du relais vertueux anti-bouclier fiscal pro-durcissement de l’ISF. Small & misérable is not beautiful !