Je viens de tomber sur un article qui relance le débat sur la destination marocaine. Il pose LA bonne question. Est-ce vraiment le bon moment pour investir dans un centre de développement offshore au Maroc ? Pour ma part, la réponse est non, principalement par manque de ressources humaines… pas à cause de la crise.
Le Maroc est encore aujourd’hui un paradoxe, mais le coût des ressources humaines me rappelle celui de beaucoup de destinations “improbables” que j’ai évaluées telles que le Kenya ou la Géorgie, qui eux aussi s’essayent à l’offshore, mais qui , par manque d’experts créent immédiatement des bulles salariales.
Voici mon commentaire de l’article :
“Bonjour,
Je réagirai à votre article dans 2 sens.
1. Le Maroc n’a pas encore les armes pour être un vrai pays offshore :
Je suis arrivé en Roumanie en 99, soit 8 ans après la première société pionnière. Sans la puissance d’un grand groupe, nous sommes devenus la 2 société d’outsourging du pays. Donc rien ne sert d’arriver trop tôt dans un pays offshore. Le Maroc est peut-être francophone mais il n’a pas d’ingénieurs. Pour ma part j’y retournerai faire le point en 2010, mais des salaires de débutants à 1000€+coûts d’encadrement expat+coûts techniques+temps de montée en compétences (% du temps facturé ou productif) vous mettent votre collab offshore autour de 3000€/mois. Vous parlez d’une stratégie low cost ! J’ai toujours dit, pour ma part que le Maroc ne serait pas une destination payante avant 2012-2014. Reste à faire le point sur le système éducatif et l’arrivée concrète des nouvelles promos. La francophonie n’est pas la seule partie de l’équation ! Nous sommes aussi implantés en République de Moldavie et au Vietnam. Le Maroc pourrait être une nouvelle étape, particulièrement pour les BPO. Je suis bcp plus sceptique à ce jour sur l’ingénierie.
2. Je ne suis pas d’accord avec votre conclusion : “le Maroc prend aussi un risque, celui de voir, dans plus ou moins longtemps, les SSII qui affluent dans ses centres partir vers de nouveaux horizons aussi vite qu’elles sont venues”. Après bientôt 10 ans de Roumanie, nous avons entendu cela 100 fois. les salaires ont été multipliés par 5 tandis que les prix ont été multipliés par 2 seulement… et pourtant les entreprises IT offshore ont fait leurs meilleures années en 2007 et 2008 grâce à l’augmentation de la productivité (97% du temps disponible facturé en 2008)… qui est un paramètre absolument ignoré par toute votre profession dès que l’on parle d’offshore. J’ai fait un papier dessus dans notre blog si cela vous intéresse. Le maroc, s’il émerge vraiment a donc un avenir. Pour l’heure, les salaires de deb à 1000€ et plus sont un révélateur de l’énorme carence en ingé. Les indiens démarrent à 300$, les vietnamiens à 300 également, les roumains et bulgares, pourtant ressortissants del’UE, aux environs de 500-600€ (comme les jeunes français en stage d’ailleurs). Les ukrainiens et les modaves démarrent à 500.
J’ajouterai un tout dernier point qui m’avait beaucoup déplu à Casa… tout le monde, en 2006, ne parlait du plan qu’au travers de la construction et l’immobilier…”

























Commentaires sur cette entrée :
Bonjour Frédéric,
Je partage globalement le diagnostic et les perspectives exposés par Reynald dans l’article que vous citez. Et je vous trouve trop réservé vis à vis du Maroc. Le placer au niveau de la Moldavie ou du Vietnam, qui sont des pays émergents dans le domaine de l’offshore et à faible potentiel en terme de ressources, n’est qu’un artifice pour mieux faire ressortir la Roumanie.
J’ai la chance de travailler avec des clients sur différentes destinations offshore, parmi lesquelles la Roumanie et le Maroc. De mon expérience, je dirais qu’elle donnent des résultats similaires en terme de satisfaction du client, ce qui est l’essentiel.
S’agissant du système éducatif marocain, il n’a à mon sens pas grand chose à envier au système roumain. J’ai rencontré de très bons ingénieurs dans les deux pays. En outre, les clients ne recherchent pas que des profils ingénieurs, particulièrement dans le domaine du BPO ou des Call Center.
Je crois que la Roumanie est une bonne destination offshore, à plus d’un titre. Elle n’a donc aucun besoin pour se mettre en valeur de discréditer des destinations concurrentes mais néanmoins amies. Je crois au contraire qu’il faut les observer attentivement, savoir reconnaître leurs forces, et s’améliorer pour rester compétitif. Comme dans tout système concurrentiel. Je peux vous confirmer que le Maroc est un concurrent sérieux…
Enfin, je conclurai ainsi : il faut bien des pionniers pour préparer l’avenir. Dans ce domaine aussi vous êtes réservé, même si on ne peut que partagé avec vous qu’il est plus facile d’arriver quand les choses sont déjà installées.
Cordialement,
Bonjour,
Nos positions ne sont pas si éloignées que ça.
D’abord, j’ai toujours dit et je le disais dans le commentaire de l’article de Reynald, que j’envisageais très sérieusement le Maroc dans quelques temps. Ne me faîtes pas dire ce que je n’ai pas dit !
Je dis et répète, en revanche, qu’il s’y est constitué une bulle salariale, sans rapport avec un niveau de productivité supérieur (qui serait la seule justification acceptable). Dès lors, si ce n’est pas la qualité ou la productivité qui justifie cet écart avec d’autres zones offshore, dans ce cas, c’est que c’est le marché de l’emploi qui ne fournit pas. Des débutants autour de 1000€ n’existent ni en Ukraine, ni en Roumanie, ni en Bulgarie, ni même à St Petersbourg.
Il faut au minimum aller en Pologne ou en Rep Tchèque pour trouver ça. D’ailleurs, les petites structures marocaines vivotent du fait des niveaux de coûts et ne sont pas compétitives. Pour s’implanter au Maroc, compte tenu des coûts de production (et de management aussi), il faut au moins 50 personnes pour bénéficier d’une économie d’échelle suffisament performante.
Vous sous-estimez la réalité de la crise RH vécue les 2 années passées à Casa. Vous n’avez jamais entendu parler des accords entre les grandes entreprises dans cette ville pour modérer l’inflation des salaires ? On me l’a proposé une fois dans une ville roumaine et je l’ai catégoriquement refusé.
J’ai évalué le Maroc personnellement, parmi 8 pays ces 3 dernières années. Je pense pouvoir dire que je m’exprime avec objectivité. Nous sommes installés dans 3 pays et 6 villes off/near où nous comptons de 20 à 230 collaborateurs. La situation présente au Mc est normale car la promesse faite par le pays était intenable et a augmenté la bulle. Le Maroc veut devenir l’Inde de la France et il le deviendra. Je suis optimiste pour ce pays. En ce moment, il faut lui laisser le temps de respirer en ce qui concerne l’ingénierie.
Je suis d’accord sur votre remarque sur les BPO. Le Maroc est un exceptionnel réservoir de services francophones, ça aussi je le disais dans mon commentaire.
Je corrige une erreur à ce que vous avez dit. Le Vietnam est déjà depuis plusieurs années dans la liste des 30 pays de Gartner au moment où le Mc vient seulement de faire son entrée. Le nombre d’ingénieurs y est beaucoup plus important. Le pays forme déjà plus de 9000 ingénieurs par an depuis plusieurs années et l’accélaration se poursuit. Plusieurs sociétés, à capitaux locaux (!), dépassent les 1000 collabs. La plus grosse en a 9000. On en est encore loin de ça au Royaume du Maroc. Mais pour moi ces 2 pays ne sont pas en compétition.
Je prends rdv en 2010 pour une nouvelle réévaluation car je suis un accro aux plans de développement et celui du Maroc me plaît.
Vous savez, lorsque je vais évaluer un pays, je passe personnellement très peu de temps dans les entreprises… et vraiment beaucoup dans les universités, à parler avec les profs et les étudiants. J’utilise notre plateforme de tests en ligne sur des étudiants rencontrés et cela nous donne très vite une image de la capacité réelle d’une nation. Vous pouvez mettre en doute notre processus de sélection… à moi de le défendre
Fred,
Je prends bonne note des précisions que vous avez faites concernant le Vietnam, et vous en remercie.
Le phénomène que vous décrivez n’aurait-il pas eu lieu en Roumanie ? Vous dites avoir refusé, cela ne signifie pas qu’il ne s’est pas mis en place. L’inflation des salaires est un fait en Roumanie. Il n’est pas rare de voir des 3-5 ans d’expérience réclamé jusaqu’à 3000 euros.
J’ai constaté la même chose en Bulgarie, par exemple. Les « gros » débarquent dans un pays offshore, positionnent des offres avec des salaires qui ne se refusent pas, et bousculent le marché local. Toutefois, une stabilisation s’opère très vite et les acteurs locaux ont d’autres avantages.
Cela se produit dans toutes les destinations offshore.
Je pense que nous avons deux différences d’approches qui expliquent notre différence d’appréciation, mais je suis d’accord avec vous pour dire qu’en effet nos positions ne sont pas si éloignées.
Le premier angle de vue est le résultat obtenu. Vous vous situez de point de vue d’un fournisseur de services offshore qui cherchent à optimiser ses coûts en choisissant avec soins ses implantations, ce qui est légitime et responsable, et dans l’intérêt de ses clients présents ou futurs. De votre point de vue, ces problèmes se traitent comme vous l’expliquez. Ma position est différente, et du point de vue des accompagnements que j’ai réalisé, je confirme que la satisfaction est au rendez-vous au Maroc, avec un coût égal voire inférieur à la Roumanie.
Le deuxième angle de vue est la productivité. Je prétends que sur le court terme, votre vision est la bonne. Sur le long terme en revanche, le problème est lissé, et même disparaît, par l’effort qualitatif sur la productivité. Autrement dit, sur le court terme, les coûts sont prépondérants ; sur le long terme, le travail de fond sécurise, consolide et pérennise la productivité. Les coûts ne suffisent plus.
C’est pourquoi je ne ressent pas comme vous l’effet des inconvénients que vous décrivez. De mon point de vue, c’est la consolidation d’une collaboration par la qualité (sans forcément signifier dépendance, je le précise) qui compte, plus que les coûts seuls.
Rendez-vous est pris pour 2010 et je serai fort intéressé par votre évaluation, je ne vous le cache pas.
Merci de cet échange ouvert,
Bien cordialement,
Ce que vous dîtes sur la Ro n’a concerné que Bucarest entre 2004 et 2007, c’est vrai. C’est d’ailleurs pour contrer ces phénomènes que nous avons localisé plus de 80% de notre production en province (275/315). Les bucarestois sont désormais majoritairement des consultants à Pentalog.
Par ailleurs, je ne connais aucun dev roumain à 3000€ après 3 ans ! ou même 5 ! Il semblerait que vous connaissiez le pays mieux que moi
En revanche, nous avons de nombreux experts, chefs de projets, directeurs techniques, directeurs d’agence, roumains et moldaves, qui dépassent les 2000€ effectivement. Mais franchement, ils les méritent. Plusieurs d’entre eux sont devenus actionnaires.
Tout à fait dac sur la productivité. Je partage à 100% votre analyse. Nous la validons chez Pentalog par un taux de facturation de 97,5% de nos journées facturables en 2008 (malgré une progression de 75% de l’effectif). Il faut pas mal de maturité des ressources pour atteindre ce chiffre.
Il faut aussi un TO inférieur à 5% pour ne pas passer son temps à payer du hand over… Et vous savez comme moi que l’élimination du TO ne s’obtient pas dans une approche court termiste.